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« Seul l'amour peut garder quelqu'un vivant » murmura Oscar Wilde qui connaissait peut-être l’histoire touchante de cette fée amoureuse…

Il était une fois, il y a si longtemps que les parents des arrière grands-parents de vos arrière grands-parents n’étaient pas encore nés, une fée si belle que qui croisait son chemin demeurait heureux jusqu’au point du jour. L’éclat de ses yeux diffusait les lueurs de la lune et sa voix bruissait comme une harpe caressée. Vêtue d’un voile de rivière et coiffée d’un rayon de soleil levant, cultivée et un peu chipie, elle régnait avec douceur et bienveillance sur le petit peuple de l’Arrée, fées et korrigans, poulpiks et géants, dragons et morgans. L’Arrée était dans ce temps-là une généreuse montagne riante entourée de bois émeraude et de campagne fleurie. Les premiers hommes y vivaient dans l’abondance et l’harmonie d’une nature généreuse, moissons blondes, fruits parfumés et bétail dodu.

Toutefois, notre fée se languissait et le petit peuple de l’Arrée se posait mille questions : pour rallumer l’éclat des yeux de la reine des fées, que faire ? Devons-nous tresser des paniers d’osier et les remplir de fleurs de sureau ? Devons-nous tisser un voile de fil d’araignée d’argent ? Lui porter des carafes d’eau scintillante puisée dans l’Aulne et l’Elorn ? Faut-il que les korrigans déroulent des sarabandes dans les clairières en chantant les jours de la semaine ? Faut-il que les fées et les dragons dansent au soleil couchant ? Devons-nous dérouler les vagues argentées de la mer à ses pieds ? La fée entendit ce bruissement inquiet de questions. Elle invita le petit peuple à une assemblée sous la pleine lune dorée de juillet et prit la parole : « Ce que je souhaite, ce n’est ni la mer, ni les korrigans, ni la danse, ni les fleurs, ni l’eau scintillante, car mon petit cœur souffre et se languit de tout autre chose. Ce que je souhaite, ce n’est rien de ce que peut donner ma puissance, ma serpe d’or ensorcelée ni mes grimoires magiques. Je brûle d’amour pour le fils du roi des hommes, le beau Pen-Ru. Qui d’entre vous n’a croisé son chemin alors qu’il chevauche à travers les forêts, les dunes et les landes ? Sa chevelure ressemble à deux ailes de corbeau déployées et tout ce qu’il regarde semble être fait pour le servir tant son visage est fier et beau. Voilà longtemps que mes yeux ont distingué Pen-Ru parmi les hommes et que mon pur amour le protège : j’envoie les korrigans balayer devant lui les pierres qui pourraient faire trébucher son cheval noir ; ce sont les morgans qui tressent ses filets de pêche ensorcelés pour une pêche généreuse ; ce sont les poulpiks qui soignent ses lévriers pour des chasses heureuses. Du jour, j’appelle les nuées pour qu’elles étendent leurs ombres sur son front. C’est moi qui ai semé les fleurs d’or qui ornent les fenêtres de son donjon, qui distribue le soleil et la rosée à ses moissons. Toutes ses joies viennent de moi et pourtant Pen-Ru demeure sans reconnaissance pour la fée de l’Arrée… »

FEE SERPENT SIRENE

« La maladie d’amour ! La maladie d’amour ! » s’alarmèrent fées et korrigans, poulpiks et géants, dragons et morgans.

La fée amoureuse poursuivit sa complainte : « Mais Pen-Ru n’écoute plus mon souffle aimant à son oreille. Il tend son âme aux prêches de Malo, Samson, Brieuc, Tugdual , Pol Aurélien, Corentin et Patern, des moines venus d’outre-mer. Pen-Ru passe désormais devant les chênes sacrés et les pierres longues sans les voir, côtoie les chants des fées et des sirènes sans les entendre… Mais voilà qu’il s’est assis sur la mousse à l’entrée du bois de hêtres. J’ai effleuré sa paupière avec ma faucille d’or afin de le faire glisser au pays des songes. Et il est endormi. Portez-le dans mon palais au sommet de la montagne où je l’épouserai enfin… »

Le petit peuple magique applaudit la fée éprise et se précipita dans la clairière où reposait le jeune prince étendu sur son manteau de velours sous un buisson d’aubépines non loin d’une pierre sacrée. Les petites fées tournoyèrent au-dessus de lui, comme le ferait une nuée de sternes et de mouettes rieuses, et se chantonnèrent en chœur : « janvier pour la neige ; février pour les glaçons ; mars pour la grêle ; avril pour les bourgeons ; mai pour l’herbe verte ; juin pour les fenaisons ; juillet pour les œufs éclos ; août pour les moissons ; septembre pour les brouillards ; octobre pour les aquilons ; novembre pour les grands ruisseaux ; décembre pour les frissons ! ». Les dragons saisirent alors les quatre coins du manteau de velours et soulevèrent le prince dans les airs, vers la montagne. Le jeune prince souleva péniblement les paupières et aperçut le doux visage de la fée énamourée : « Que me veux-tu, Reine des fées ? murmura-t-il précautionneusement, le cœur au bord des lèvres car il avait le mal des airs. « Assoupis-toi, joli Pen-Ru. Je te fais mener en mon palais pour t’épouser car je brûle d’un pur amour pour toi. » lui répondit-elle dans un souffle parfumé. Le prince s’éveilla tout à fait et rétorqua : « Cela ne se peut, fée païenne ! Toi et les tiens appartenez au passé ! Ramène-moi chez le roi mon père !»

Surprise et peinée, pour tout dire un peu froissée, la reine des fées répondit : « Tu ne sais pas quels bonheurs je te réserve ! Une vie sans fin et sans faim, nourrie d’amour fou et de sortilèges enchantés. Je partagerai avec toi mes pouvoirs et les secrets du monde des esprits. »

Obtus et buté, et pour tout dire un peu crétin, le prince n’en démordit point : il exigea séance tenante son retour sur le plancher des vaches : « J’aime mieux une place au paradis de Dieu ! ».

- Tu goûteras les gourmandises les plus exquises et les vins les plus fins ! promit la fée dont le cœur chavirait.

- Je préfère le pain noir et l’eau des fontaines que le signe de croix a bénits ! répliqua-t-il.

- Tu seras couvert de mes baisers, vêtu de soie et de velours ! » gémit-elle.

- Je préfère la chemise de crin des bienheureux ! asséna-t-il.

De guerre lasse, la fée éconduite délia le sortilège et libéra le prince qui tomba lentement du ciel –comme un espoir froissé- puis se réfugia incontinent chez son papa. Consumée d’un amour sans retour, la belle dame se flétrit alors, son cœur se chiffonna, sa peau se parchemina, son regard se délava, puis une brise dispersa ses cendres brûlantes et éplorées sur l’Arrée. Esseulés et orphelins, les fées et les korrigans, les poulpiks et les géants, les dragons et les morgans se retirèrent dans les marais et sur les landes désormais rases et désolées alors que les forêts se transformaient friches arides et les prairies en champs de granit… Quant au prince entêté, il épousa religieusement, selon les recommandations paternelles, une riche donzelle soumise qui ne lui fit point trop d’ombre mais beaucoup d’enfants.

Une fois l’an, le petit peuple de l’Arrée rend un hommage plein de chaleur et joyeux à la fée consumée d’amour à l’occasion d’un banquet sous une pluie d’étoiles filantes On y savoure des fleurs de courgettes farcies au fromage de chèvre frais, au blé noir, à la sauge et au miel de sarrasin…

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Pour une fée, un korrigan, un dragon et un géant :

12 fleurs de courgettes femelles (on les distingue des courgettes mâles, dépourvues d’embryon de courgette) de Biodivy sur le marché de Sizun

Un petit chèvre frais de la Ferme de Joséphine

Un bel œuf du poulailler

Une gousse d’ail rose de Lautrec

Un demi zeste de citron jaune bio très finement râpé

Une petite branche de sauge fraîche (une dizaine de jeunes feuilles) du jardin

Une cuillère à soupe d’huile d’olive fruitée

Une cuillère à soupe de miel de blé noir

Une cuillère à soupe de graines de sarrasin torréfiées et cuites à la vapeur

Sel de Guérande

Poivre du moulin

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Préchauffer votre four à 180°.

Dans un bol, verser le fromage de chèvre, l’œuf, l’ail pressé, la sauge ciselée, le zeste de ctron, le miel. Saler avec une légèreté elfique, poivrer et mélanger bien à la fourchette. Placer l’appareil dans une poche à douille –ou, comme je le fais, dans un sachet de congélation dont il suffira de couper un angle-.

Retirer délicatement le pistil des fleurs de courgettes et les rincer très rapidement et doucement.

Farcir délicatement l’intérieur des fleurs et  les refermer avec autant de délicatesse.

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Les déposer dans un plat huilé au pinceau allant au four.

Verser un filet d'huile d'olive sur le dessus et enfournez 15 à 20 minutes.

Servir chaud, tiède ou froid avec des haricots verts frais cuits à la vapeur ou un joli plat de pâtes fraîches...