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« Je suis un petit vieux bonhomme chauve, coquet, aimable, très raide au fond, très catholique, torturé par les péchés, buveur, bien portant, vantard, gaffeur, susceptible, astrologue assez bête, amoureux, aimant les petites gens et ne fréquentant hélas que les grands. » (Max Jacob, Autoportrait de 1933).

MAX JACOB PICASSO 1907

Entre facétie et désespoir, entre besoin de sainteté et tentations charnelles, Max Jacob a promené son innocence canaille en terre de poésie.
Né en 1876 à Quimper dans une famille de d’artisans tailleurs dont le père invente les modes du bout de ses aiguilles, il tourne le dos aux fils et aux étoffes pour assembler les mots dans une quête d’absolu poétique et religieux, chercheur de l’impossible et témoin de l’invisible. Poète ambivalent, à l’identité déchirée, il naît juif laïc dans une famille athée mais dans une société profondément catholique, homosexuel discret dans un monde hétérosexuel triomphant, artiste sensible et novateur en plein développement de l’ère industrielle. Devant ses yeux, le XIXème bourgeois disparaît, les artistes, les poètes et les romanciers osent s’affranchir des codes, les turpitudes du XXème siècle grondent, les conflits mondiaux s’enchaînent, le populisme croît, l’antisémitisme gronde : il n’y survivra pas… Arrêté par la Gestapo, consumé par la laideur du monde, le poète dévot convertit à un catholicisme brûlant en 1915 s’éteint en 1944 dans les geôles de Drancy, trente heures avant sa déportation pour Auschwitz.
Dans sa trajectoire complexe et erratique jusqu’au mitan du XXème siècle, il se sera intimement lié à Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, André Salmon ou encore Amedeo Modigliani, aura croisé Alphonse Allais, partagé le lit de Jean Cocteau, se sera couché sur le canapé du psychothérapeute Jean-Martin Charcot. De la bohème montmartroise à l’avant-garde montparnassienne puis au monastère, tourmenté par son homosexualité et tenté par un certain mysticisme littéraire, il aura commencé une carrière littéraire éclectique d’un fulgurant génie, à la fois précurseur du dadaïsme et créateur du cubisme littéraire. Son œuvre est éclectique, de « Ne coupez pas, Mademoiselle, ou Les erreurs des P. T. T. » (1921) à « La Côte. Chants bretons » (1911) en passant par « Le Cornet à dés » (1917) mais aussi les œuvres posthumes comme les « Poèmes de Morvan le Gaëlique » : "Et qui donc jamais nous console dans notre agonie de chagrin? Vous, Seigneur Dieu, et vous, jolis marins".
De Quimper à Roscoff en passant par l’Arrée, Max Jacob aura semé rimes et vers sur la pointe bretonne avec la gravité émerveillée des artistes décalés, parachuté dans une époque qui ne voulait pas de lui. Max Jacob manifeste en effet durant toute sa vie un profond attachement à sa ville natale, malgré la dégradation des relations avec sa famille, et passe souvent une partie des étés sur la pointe bretonne. Il se rendra longtemps à Roscoff chez ses amis Ghika et Liane de Pougy chez lesquels il retrouve Jean Cocteau. Au fil des ans, de nouvelles amitiés se développent, comme celle de Guilloux à Saint-Brieuc alors qu’il encourage les velléités littéraires d’un tout jeune Per Jakez Helias.

MAX JACOB MODIGLIANI 1916 2MAX JACOB MODIGLIANI 1916

Derrière tout cela, il y avait un poète tendre entre Desnos et Cadou. Peintre honorable, tendre écrivain, visionnaire souvent, il fut digne de cet hommage qu’Eluard lui fit à sa mort : « On a pu dire de lui qu'il fut non seulement poète et peintre, mais précurseur et prophète : son œuvre si diverse, où l'ironie laisse toujours transparaître la plus chaude tendresse et la sensibilité la plus fine, marque une véritable date dans la poésie française. Depuis Aloysius Bertrand, Baudelaire et Rimbaud, nul plus que lui n'avait ouvert à la prose française toutes les portes de la poésie. Entre les poèmes en prose du Cornet à dés et les poèmes en vers du Laboratoire Central, entre les Œuvres Mystiques et Burlesques du frère Matorel et Le Terrain Bouchaballe, la poésie occupe le domaine entier de la vie parlée, dans la réalité, et en rêve. » (Paul Eluard, 1941).
Probablement inspiré par "Les Templiers ou les trois moines rouges", une ballade collectée par Anatole Le Braz dans le Baraz Breizh, Max Jacob nous laisse une étonnante évocation de Brasparts qu'il avait visité dans les années 30:
« Brasparts, sur ta lande
Brasparts sur ta montagne noire
Il n'y a pas une maison autour du marais
Et sur la route des monts d'Arrée
La nuit, l'hiver, pas même de brigands
Pas une voiture, pas un passant
C’est l'heure des moines rouges!
Le cimetière de Brasparts est plein de vent:
Du vent, du vent arrivent les moines rouges
Ils remuent leurs têtes effrayantes
Les charniers secouent les ossements
Les moines rouges arrivent sur le vent
Noir est leur visage, noire leur monture de squelette
Ne restez pas autour du cimetière
Et n'oubliez pas vos prières
Voilà les moines rouges! Gardez vos enfants
Vous oubliez le Sauveur Jésus Christ
Tous les péchés étaient sous votre robe
Aujourd'hui voici le châtiment
Moines rouges, vous aussi
Vous irez avec le vent
Avec la colère du ciel » (in Poèmes de Morvan le Gaélique)

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A la table estivale de Liane de Pougy, en bonne compagnie du Prince russe Ghika et de Jean Cocteau, avec le soleil couchant derrière l’île de Batz pour horizon, il aura peut-être succombé à la délicatesse d’un chutney d’abricots au romarin frais accompagnant de petites saucisses britanniques à la sauge ananas.

 

Pour quelques pots d'un joli chutney doré et parfumé:

Un kg d'abricots dorés, jouffflus et bien mûrs

500 gr d'oignons rosés de Roscoff

Une cuillère à soupe d'huile d'olive

Sel de Guérande

Poivre noir du moulin

4 cuillères à soupe de miel

2 cuillères à soupe bombées de feuilles de romarin bien fraîches finement ciselées

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Ouvrir les abricots en oreillons, ôter les les noyaux. Passer les oreillons sous un filet d'eau, les essuyer, les détailler en dés. Réserver.

Peler les oignons, les détaller en dés et les faire fondre dans l'huile d'olive. Lorsqu'ils sont tendres, ajouter le miel et le poivre. Laisser caraméliser tout doucement. Ajouter alors les abricots et le romarin. Laisser cuie, compoter et laisser perdre l'eau de végétation à feu doux pendant une bonne heure (voire plus suivant le degré d'humidité des fruits). Lorsqu'on obtient une compote épaisse et ambrée, saler.

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Placer en pots et stériliser au cuit-vapeur pendant une heure et demie. 

Ce chutney très parfumé, acidulé, sucré-salé convient parfaitement aux viandes froides, aux charcuteries, ainsi qu'à toutes les fantaisies au barbecue (poissons et viandes).  

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