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« Lorsque je vins m’asseoir au festin de la vie,

Quand on passa la coupe au convive nouveau,

J’ignorais le dégoût dont l’ivresse est suivie,

Et le poids d’une chaîne à son dernier anneau. » (Elisa Mercoeur)

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C’est dans un pays meurtri par l’orage révolutionnaire -et alors que la lame de la guillotine n’a pas encore séché au lendemain de la Terreur- que voit le jour l’étoile filante bretonne du Romantisme français. L’histoire retiendra simplement qu’une petite fille vit le jour au mitan de 1809, une plume délicate greffée au bout de ses doigts de porcelaine, et que les bonnes fées ne se penchèrent pas sur son berceau avec la bienveillance propre aux contes merveilleux. Toute sa très courte vie se déroulera sous les fourches caudines d’une société patriarcale qui ne lui accorda jamais la place qu’elle pensait mériter et ne lui offrit pas de s’épanouir au soleil de la littérature française. Enfant adultérine que son géniteur ne reconnaîtra jamais, elle tentera pendant un petit quart de siècle d’exister à l’ombre des grands hommes qui, avec une doucereuse bienveillance toute paternelle, ne la laisseront jamais occuper qu’un étroit strapontin littéraire.

Fruit d'amours clandestines au cœur de la bourgeoisie bretonne du début du XIXème siècle, Elisa naît fille -pas de bol- avant d’être abandonnée âgée de quelques jours sous un porche nantais et reçoit de l’administration le patronyme de Mercoeur –du nom d’un ouvrage militaire proche-. Ça commence donc bien mal. Deux années plus tard, sa mère –bourgeoise déclassée par cette honteuse grossesse-se ravise, récupère la fillette et s’attelle à en faire une jeune fille à la tête aussi bien faite que bien pleine ; une vie par procuration, une revanche sur la vie. Elles ne se quitteront plus jamais. Elisa montra vite de brillantes dispositions littéraires : à six ans, elle imaginait des sujets de conte et de comédie ; à huit ans, elle se lança dans la composition d’une tragédie en cinq actes et en vers pour la Comédie-Française. À douze ans, elle pouvait lire Virgile à livre ouvert et se débrouillait en grec. A seize ans, pour saluer les débuts d’une nouvelle cantatrice au Théâtre de Nantes, elle écrivit et lui offrit un poème de quatre-vingts vers ; le lendemain, toute la ville était en courant et applaudissait cette pièce qui fut publiée dans la revue culturelle bretonne « Le Lycée armoricain » ; un premier recueil de poèmes romantiques allait suivre. La «Muse armoricaine» était née.

Élisa_Mercœur_by_Auguste_Belin

Comment se faire une place au soleil, capturer la lumière et vivre de son art ? L’appel parisien était trop fort et la jeune Bretonne quitte avec sa mère l’étroite Nantes pour la ville des Lumières qui allait souffler sa jeune vie comme un courant d’air éteint sèchement une simple chandelle. Ses débuts dans les salons littéraires sont pourtant flamboyants alors que s’ouvrent les portes de Madame Récamier et de Nodier. Elle y croise Victor Hugo, solide gloire montante, entreprend de séduire les puissants en concevant des écrits encomiastiques mais reçoit souvent en retour du mépris décoché avec une légèreté cruelle : « Il ne faut pas que Mlle Mercœur se méprenne sur la nature de son talent; c’est le talent d’une jeune fille, gracieux et pur, mais sans énergie ; sa lyre ne veut pas être tendue » persifle un critique littéraire bienpensant. Le rouge au front mais la plume incandescente, la belle poursuit sa brillante trajectoire littéraire, s’attelle à l’écriture de Boadbil, une tragédie qu’elle achève au printemps 1831 alors qu’elle souffle ses vingt-deux bougies. Sa pièce fut acceptée par les acteurs de la Comédie-Française, … mais refusée par son directeur, le baron Taylor. Ce camouflet cinglant blessa profondément l’orgueil de la jeune femme qui glissa dans la dépression puis la maladie qui l’emporta en janvier 1835. Elle quitte une vie inquiète et tourmentée à l'âge de vingt-cinq ans.

On reproche encore à Elisa Mercoeur sa soif inextinguible de lumière –pourtant considérée comme légitime et naturelle chez Chateaubriand, Lamartine ou Hugo- : c’est oublier un peu facilement que son statut de fille naturelle sans le sou, avec comme seule fortune une plume romantique et une volonté d’airain, ne la destinait qu’à la précarité et à l’oubli. Elle adopta pourtant les codes en vigueur, caressant dans le sens du poil les gloires littéraires de son temps dont elle espéra tant faire ses mentors–Châteaubriand et Lamartine-. Mais les mâles chenus soufflèrent le chaud et le froid sur la frêle Elisa reprenant cruellement d’une main ce qu’ils avaient accordé de l’autre : Chateaubriand lui refusa son appui mais fleurit longtemps sa tombe au Père Lachaise alors que Lamartine loua son talent en privé -"Cette petite fille

Nous dépassera tous tant que nous sommes…"- avant de démentir vigoureusement cette si précieuse reconnaissance publiquement. Une vie précaire et une œuvre précipitée dans l'oubli: la trajectoire bretonne flamboyante d’une petite fée de la poésie qui s’est brûlé les ailes. Lire ses alexandrins, c’est la ramener à la lumière.

« Nomme cette maxime ou sagesse ou délire,

Moi, je veux jour à jour dépenser mon destin.

Il est heureux, celui qui peut encor sourire

Lorsque vient le moment de quitter le festin ! »

Partager avec Elisa, ses lecteurs passionnés et des critiques bienveillants de délicieuses et délicates verrines de mangues, ananas, poivrons rouges à la réduction de mangue, passion et citron vert, surmontée de jolies brochettes de crevettes au curry de Madras.

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Pour 4 poètes, lecteurs et critiques :

20 cl de lait de coco

1 feuille de gélatine

Une belle mangue américaine (ou mieux encore, mangue Lise) mûre mais encore ferme

Deux ananas Victoria (sinon, un ananas de Côte-d’Ivoire)

Un beau poivron rouge

Un citron vert

Quelques tiges de coriandre fraîche (ou de coriandre vietnamienne)

Pour la sauce : deux oranges à jus, deux fruits de la passion, un citron vert, huile neutre, sel de Guérande et poivre noir du moulin

8 à 12 belles crevettes

Une gousse d’ail

Un petit morceau de gingembre frais

Une cuillère à soupe de curry de Madras

Fleur de sel de Guérande

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La veille, commencer par les crevettes : ôter les carapaces et placer les queues à mariner au frais avec le curry, le gingembre et l’ail pilés et une cuillère à soupe d’huile neutre.

 

Réaliser les « panna cotta » de coco : faire tremper la feuille de gélatine dans de l’eau fraîche et chauffer doucement le lait de coco dans une petite casserole. Ajouter alors la gélatine dans le lait chaud, bien remuer et répartir le mélange dans quatre verrines. Laisser refroidir puis réfrigérer.

Réaliser aussi la sauce : presser le citron et les oranges. Faire réduire ce jus dans une petite casserole jusqu’à obtenir une réduction sirupeuse. Laisser refroidir. Prélever l’intérieur des fruits de la passion, les placer dans une passoire fine et presser une petite cuillère pour récupérer un maximum de jus. Ajouter à la réduction d’agrume le jus de passion, puis quatre cuillères à soupe d’huile neutre. Emulsionner le tout et rajouter enfin sel et poivre. Réserver au frais.

Le jour J –ou la veille, si l’on veut gagner du temps-, peler et découper en petits cubes la mangue et l’ananas. Epépiner le poivron et le couper en petits dés.

Prélever deux fines tranches de citron vert. Les réserver pour la touche finale.

Hacher très finement la coriandre (feuilles et tiges). Ajouter le zeste de citron vert et la chair du citron détaillée en petits dés, puis les dés de fruits et de légumes. Assaisonner avec la sauce fruitée et réserver au frais, le temps de cuire les crevettes.

Sortir les crevettes de la marinade, les enfiler sur des petites brochettes de bambou (deux à trois crevettes par brochette) et les cuire rapidement à la poêle bien chaude (ou sur le barbecue). Lorsque les crevettes sont recroquevillées en arc de cercle et ont rosi, elles sont cuites !

Répartir alors la salade fraîche et croquante dans les verrines. Ajouter alors une brochette par verrine et une demi-tranche de citron vert. Saupoudrer d’un voile de fleur de sel de Guérande et servir immédiatement !