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maison zenaide fleuriot

Petite scène de la vie quotidienne de la préparation au concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE). On étudie les genres littéraires et notamment le théâtre. On passe en revue un panel des pièces incontournables du répertoire, du moyen-âge à aujourd’hui. On lit, on interprète, on met en scène, on s’interroge. Après Racine, Molière, Musset et Hugo, on aborde Knock de Jules Romain.

Madame Parpalaid, à Knock:
« Sur le parcours, le paysage est délicieux. Zénaïde Fleuriot l'a décrit dans un de ses plus beaux romans, dont j'ai oublié le titre. » (Knock, Acte I, scène 1).
Mais qui peut bien être cette Zénaïde Fleuriot dont le personnage de la pièce de Jules Romain parle d’un air entendu ? Voilà la question posée à l’enseignante qui, la mort dans l’âme, doit avouer piteusement son ignorance… crasse. Grand moment de solitude. Fin d’un mythe mais début d’une quête étonnante…

Zenaide-Fleuriot
Il faut remonter au XIXème siècle pour croiser le chemin de Zénaïde Fleuriot qui fût une immense auteur de littérature jeunesse, à l’égal de la Comtesse de Ségur. Elle naquit à Saint-Brieuc le 28 octobre 1829 dans une famille de vieille souche bretonne imprégnée d’une foi ardente et inébranlable. Son père, Jean-Marie Fleuriot, était parent de l’abbé Royou, célèbre prêtre et journaliste, rédacteur de l’Année littéraire, où il combattit Voltaire, et de l’Ami du Roi, où il combattit la Révolution. Bref, une lignée de conservateurs bon teint. Mais désargentés –nobody’s perfect-. La modeste fortune que le père de Zénaïde aurait pu espérer avait sombré entièrement dans la Révolution. Les biens de son oncle l’abbé, qui lui devaient revenir, avaient été confisqués et vendus. Il ne lui restait d’autres ressources que la solide éducation chrétienne qu’il avait reçue, et, bien inestimable, la passion de l’étude. Il devint donc greffier à Bégard où il convola avec une jeune demoiselle Le Lagadec. Leur union fut féconde si l’on tient compte des nombreuses naissances qui suivirent mais la très forte et cruelle mortalité infantile de ce temps ne conserva vivant au foyer que cinq des seize enfants de leur hyménée. Un malheur en entraînant un autre, une véritable pauvreté vint s’asseoir au foyer de Jean-Marie Fleuriot. Il lui fallut hypothéquer, puis vendre tous ses biens alors que ses trois fils, sans le sou, durent quitter Saint-Brieuc. Il ne restait plus sous le toit paternel désargenté que les deux filles, Marie et Zénaïde. Alors que Marie, l’aînée, ne pouvait songer à quitter son père, Zénaïde était résignée à le faire, à seule fin de lui venir en aide. A plusieurs reprises, des amis fidèles du chevaleresque et entêté vieillard avaient fait à celui-ci des offres discrètes pour emporter la main de la virginale Zénaïde mais il avait irrévocablement repoussé toute idée de séparation d’avec sa benjamine qu’il adorait. En 1849, rongé par la maladie, la lassitude et le chagrin, il céda –du moins partiellement- à Etienne de Kerever, châtelain aisé des environs de Saint-Brieuc, en dépêchant en son manoir sa fille au titre de préceptrice des enfants de ce providentiel protecteur. Zénaïde ne devait en effet jamais convoler. A l’aube de ses vingt ans, à l’âge de toutes les illusions, de tous les espoirs, de tous les rêves de bonheur, elle quittait sans retour l’austère et aimant toit paternel : son père survécut deux mois à son absence, refusant dans un souffle qu’on la fit chercher : « Mon cœur la bénit ; qu’elle reste à son devoir ». En fille obéissante et respectueuse de la puissance paternelle, elle y restera dix-sept ans.
Presque aussitôt après son arrivée auprès de la famille de Kerever, Zénaïde Fleuriot commença d’écrire. Vouée tout le jour à ses devoirs d’institutrice, le soir, lorsque les enfants étaient couchés, elle écrivait sur ses genoux des nouvelles et de courts romans, couchant sur le papier les histoires qu’elle racontait aux enfants des de Kerever. Elle songeait bien plus à se distraire qu’à devenir auteur, jusqu’au jour où l’ambition la chatouillant tout de même un peu, elle participa en 1857 à un concours littéraire qu’elle gagna. Une chose en entraînant une autre, ses romans édifiants, destinés à un vertueux public de jeunes filles, attirèrent l’attention d’un providentiel éditeur catholique, Ambroise Bray, qui publia en 1860 le premier de ses quatre-vingt-trois ouvrages, un recueil de nouvelles sous le nom de « Souvenirs d’une douairière ».

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Le succès fut immédiatement au rendez-vous : on n’était en effet pas ici dans des pamphlets, des essais ni des romans engagés, loin s’en faut, mais dans une sage littérature destinée à l’édification des jeunes âmes de bonne famille. Zénaïde et sa vertueuse plume catholique prirent petit à petit et durablement de la place dans le cœur des foyers et dans les fameuses collections Bibliothèque Rose et Bibliothèque Bleue de chez Hachette, bousculant gentiment les romans de la Comtesse de Ségur, née Rostopchine comme chacun sait. Les critiques et les encouragements furent toujours bienveillants –voire condescendants- comme ces mots d’Alfred Nettement, éditeur : « Bretonne et chrétienne, elle a donc étudié l’humanité, comme la nature, dans sa province natale. Elle a vécu dans cette atmosphère de foi, d’honneur et de probité antiques, et l’on retrouve dans ses compositions comme un reflet de ces vertus morales qu’elle a eues sous les yeux depuis son enfance.» Bécassine n’est pas loin.
Au commencement de l’année 1862, Zénaïde Fleuriot avait conquis, grâce à ses travaux littéraires, une indépendance matérielle relative. Le premier argent, fruit de son travail, fut employé à payer les dettes contractées par son pauvre et bien-aimé père. De 1862 à 1864, elle publia quelques-uns de ses meilleurs ouvrages, Les Prévalonnais, Mon Sillon, La Clef d’or, Sans Nom, L’Oncle Trésor, Nos Ennemis intimes, La Glorieuse et Histoire pour tous. Elle quitta, fin 1868, la septentrionale Saint-Brieuc pour venir s’installer définitivement à Paris. Ce n’était point pour se rapprocher du monde des lettres, mais pour y vivre de la vie religieuse. Ce qui l’appelait, ce n’étaient pas les salons littéraires, c’était un humble couvent : « Je ne suis pas mariée parce que Dieu ne l’a pas voulu. Un seul projet de ce genre m’avait ébranlée. Le jour où j’avais écrit un oui formel, celui qui devait m’épouser mourait subitement. Dans cet événement absolument imprévu, je reconnus le doigt de Dieu. Or, on a beau faire, ce que Dieu ne veut pas, ne s’accomplit pas. » Très attachée à sa terre natale, elle fit bâtir en 1873, sur le bord de la mer, dans le Morbihan, à Locmariaquer la méridionale, un petit manoir cossu, assez grand pour y recevoir tous les siens. Elle y revint chaque année, jusqu’à son dernier souffle, et y fût enterrée selon ses vœux en 1890. Celle qu'une amie chère avait surnommé "Fleur de bruyère" avait soixante ans. « Je mourrai avec la passion de la mer ; elle me produit l'effet d'une zone intermédiaire entre la terre et le ciel. »
Reprendre l’étude de Knock avec le sentiment d’être un peu plus sachant… avant de s'attabler à la cantine du Gouezou devant une petite salade tiède de lentilles vertes, oignon rouge, dernière tomate, huile émeraude de poireau et céleri sauvages et œuf poché coulant.

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Pour 2 personnes :

150 g de lentilles vertes du Puy

Une belle branche de thym

2 gros œufs du poulailler

2 tomates bien mûres

Une grosse échalote

1 cuillère à soupe d’huile d’olive fruitée

1/2 cuillère à soupe de vinaigre balsamique

Un petit flacon d'huile émeraude (c'est par ici http://gouezou.canalblog.com/archives/2018/07/10/36551977.html )

Sel de Guérande

Poivre du moulin

2 tranches de pain au levain

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Verser de l’eau dans une grande casserole, ajouter les lentilles et une jolie branche de thym. Mettez sur feu moyen et laissez cuire 30 minutes.

Pendant ce temps, détailler en petits dés l’échalote épluchée et les tomates.

Lorsque les lentilles sont cuites, les égoutter et les laisser tiédir à température ambiante.

Mélanger ensemble les lentilles, l’échalote et les tomates. Saler, poivrer, ajouter l’huile et le vinaigre.  Mélanger.

Au moment de servir, préparer les œufs pochés. Casser le premier œuf dans une tasse. Faire bouillir de l’eau salée dans une petite casserole d’eau. Lorsque l’eau bout, créer à l’aide d’une cuillère ou une fourchette un maelstrom en tournant assez vite toujours dans le même sens. Lorsqu’une dépression se creuse, verser doucement l’œuf au centre. Baisser un peu le feu et laisser cuire 3 mn. A l’aide d’une écumoire, sortir l’œuf et le placer sur du papier absorbant. Faire de même pour l’autre œuf.

Faire toaster les tranches de pain au levain. Dans une assiette creuse, verser la moitié de la salade de lentilles tièdes, poser le pain toasté, déposer un œuf. Déposer une voile de poivre du moulin.

Avec délectation, couper l’œuf dont le jaune chaud va couler langoureusement sur le fromage, l’œuf puis les lentilles. A dévorer immédiatement au coin du feu accompagné d’un verre de Chardonnay bien frais.