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«Mais en le voyant, tout bas une infirmière

Lui dit: Tu n'as plus de maman

Et le gamin s'agenouillant

Dit, devant le petit lit blanc...

C'est aujourd'hui dimanche

Tiens ma jolie maman

Voici des roses blanches

Toi qui les aimais tant!

Et quand tu t'en iras

Au grand jardin, là-bas

Toutes ces roses blanches

Tu les emporteras.»

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Les Roses Blanches, Bonhomme Noël, Fleur de Misère... Au milieu des voix sans-nom, parmi tous les anonymes de la rue et de la foule, Berthe Sylva, Fréhel puis Piaf, sont devenues des voix-cultes qui ont dansé sur un fil invisible entre ombre et lumière, entre vie et mort, comme catharsis esthétique de la tristesse. On retrouve chez les chanteuses réalistes d’entre deux-guerres, des voix puissantes aux accents roulés, entre trémolos et emphase, mise en scène crépusculaires, une gestuelle dramatique, une esthétique de l'interprétation tantôt épique, tantôt romanesque.

Aujourd’hui cruellement tombée dans l’oubli, Berthe Francine Ernestine Faquet voit le jour en 1885 à Lambezellec, commune aujourd’hui fusionnée à Brest et qui fut l’objet d’un énergique tube, Lambe An Dro, porté par le groupe Matmatah plus d’un siècle plus tard. Le lien entre celle qui deviendra Berthe Sylva et le groupe de rock-folk brestois s’arrête là. Ça méritait d’être dit. Ou pas.

Fille d’un marin et d’une couturière, la jeune Berthe grandit donc dans un milieu populaire peu lettré dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’elle s’en échappe en 1901 pour courir le vaste monde : elle a à peine seize ans et des rêves plein la tête. Elle commence prudemment par poser ses valises à Saumur où elle enfile le tablier et la coiffe de femme de chambre. En fait, Berthe y retrouve sa sœur aînée, qui au grand désespoir familial, chante tous les soirs dans un cabaret local. Celle-ci va transmettre le virus de la chanson à sa sœur, qui lui emboitera bientôt le pas. Grâce à une excellente mémoire et un puissant organe, elle semble séduire ce public alors que son regard porte un peu plus loin. Elle quitte Saumur au bout d’une paire d’années et met le cap sur Angers où un café-concert l’engage. On sait aussi qu’elle cherche à s’éloigner d’un amour sans lendemain et dont elle accouchera d’un petit garçon qu’elle prénomme Henri avant de le confier définitivement à ses parents brestois. Un départ dans la vie chaotique mais qui en dit long sur Berthe et sa volonté farouche de s’affranchir des codes et des contraintes pour voler de ses propres ailes, envers et contre tout et tous.

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Ce fâcheux épisode maternel résolument derrière elle, Berthe se tourne vers Paris : elle a pour ambition de dévorer la capitale à pleines dents. Répondant à une petite annonce, elle se présente à Parisiana, boulevard Poissonnière, où elle est engagée par Monsieur Ruez qui dirige son affaire avec fermeté, ambition et clairvoyance. La nouvelle pensionnaire, qui prend sans doute à cette époque le surnom de Berthe Sylva, va donc se produire dans les revues maison dans de multiples petits rôles. Ruez lui propose même de se produire dans un petit tour de chant de quelques titres avant de l’envoyer au sein d’une troupe en Amérique du sud pour une tournée de plusieurs mois. Rio de Janeiro, Montevideo, Buenos-Aires lui ouvrent les bras : elle s’y fera les dents.

De retour à Paris, on la signale au Casino de Montmartre. En 1914, elle s’engage dans la troupe « La chanson aux blessés » qui se produit sur le front et dans les hôpitaux à la rencontre de poilus et des gueules cassées. Après la der des ders, et toujours sans réellement percer, Berthe Sylva se produit dans divers établissements parisiens dont le Casino-Montparnasse, le Commerce, Concordia, le Palais de Cristal, le XXème siècle et se produit à l’étranger dans un tourbillon de destinations. « C’est ainsi que je devins une grande voyageuse… J’ai parcouru tour à tour le Brésil, l’Argentine, la Russie, la Roumanie, l’Egypte, l’Espagne, etc… Je m’intéresse beaucoup aux mœurs de chaque pays… » confie-t-elle à son parolier, Max Vière.

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C’est à l’émergence d’un média balbutiant mais plein de promesses que Berthe doit ses épousailles avec le grand public. Léon Raiter fait partie de ses pionniers des ondes : il présente alors à Radio Tour Eiffel la première émission chantée intitulée « La chanson du jour ». Après avoir entendu Berthe Sylva au Caveau de la république, il l’engage. Sur les ondes, la voix de la chanteuse s’avère très radiophonique, elle y chante tout le répertoire à la mode. Le succès est fulgurant. En quelques mois, Berthe fait un bond de popularité qui ne sera plus jamais démenti. Léon Raiter lui offre des chansons comme « Les roses blanches » que la chanteuse Mary Ketty tentait d’imposer sans succès depuis trois ans. Léon s’enthousiasme pour le talent de Berthe : «Elle est prodigieuse. On peut lui donner le soir une chanson pour le lendemain matin : en arrivant elle la sait, elle la sent, elle en précise tout le sens musical comme le sens du texte…». Sa voix précise qui se marie très bien avec la technologie en plein essor du microphone et de l'enregistrement électrique, son registre vocal étendu, la qualité de son interprétation, tantôt pathétique, tantôt enjouée, son physique ingrat de femme meurtrie par la vie seront les clefs d’un succès qui ne démentira pas, du moins de son vivant, mais qui ne lui rapportera, au bout du compte, financièrement pas grand-chose.

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Le disque va donc relayer les ondes avec une redoutable efficacité. Elle signe avec la firme Odéon un contrat d’exclusivité fort mal rémunéré en 1930. Du 6 juin au 1er juillet 1929 ; elle participe aux galas des Vieux Succès Français diffusés sur Radio P.T.T. Lors d’un passage à Radio-Toulouse, l’écoute est telle qu’elle reçoit plus de quinze mille lettres d’admirateurs. Dès lors les soixante-dix-huit tours vont se succéder, elle devient l’une des vedettes les plus commerciales de la firme Odéon.

Si dès le début des années trente, on retrouve Berthe Sylva dans différents établissements parisiens : Folies-Belleville, Gaîté-Montparnasse ou Bataclan, elle préfère se produire en province. Plusieurs fois par an, elle entreprend un tour de France en compagnie d’amis comme Léon Raiter, Marcel’s, Fred Gouin, et Darcelys. Devenue la spécialiste du répertoire mélo avec des morceaux d’anthologie comme «Mon vieux Pataud», «L’enfant de la misère», «Rends-moi mon papa», «La prière des petits gueux», elle décide de surprendre son public en intercalant, dans ses tours de chant, son répertoire populaire composé de valse-musette et de javas. En 1935, elle triomphe à l’Alcazar de Marseille qui deviendra une de ses salles préférées.

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Maintenant que le succès semble durablement acquis, elle se pose : à Paris, on lui connait un appartement et elle possède aussi une maison de campagne en Seine-et-Marne. Généreuse et entière, elle ne sort jamais de scène à moins de quinze interprétations : on en a pour son argent ! Elle est surnommée «Cœur d’or» et n’hésite jamais à prêter son concours pour diverses œuvres de bienfaisance. «Bonne dans la vie. Elle est toujours prête à se manifester en faveur de ceux qui souffrent, de ceux qui n’ont pas de chance… Jamais elle ne refuse son concours à une œuvre de bienfaisance» s’enthousiasme en 1939 le journal Mon Programme.

Elle se produit de plus en plus en province et surtout dans la région de Marseille où elle trouve le plus souvent pied à terre chez son fidèle ami Darcelys à Peynier. Pagnol l’engage même quelque temps pour jouer au théâtre le rôle de la tante Zoé dans sa pièce « Marius ». Mais sa vie de bâton de chaise la rattrape sans ménagement : sa santé défaille, minée par ses incessants déplacements, ses nuits enfumées d’ivresse dans les bistrots après ses tours de chant. Pourtant, en 1940, elle fait encore de nombreuses tournées avec son impresario et amant Hervals, parcourant la zone libre dans une voiture à gazogène. Début 1941, nouveau triomphe durant une quinzaine à l’Alcazar de Marseille, elle s’y produit à guichet fermé. Mais déjà depuis quelques années de nouvelles voix se font connaître et un Piaf du pavé parisien a déjà pris son envol…

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Alors qu’elle est attendue à Lyon à la Bourse du Travail pour un gala au profit des prisonniers, Berthe décède le 24 mai 1941, des suites d’une chute des escaliers de l’hôtel qu’elle occupe au cours Lieutaud à Marseille. Peu de personnes suivront son cortège funèbre, sauf peut-être Max Trébor (le directeur de l’Alcazar), Darcelys, Hervals, le chanteur Grégoire. Elle sera enterrée au Cimetière Saint-Pierre bien loin de sa Bretagne natale et des membres de la famille Faquet. On ne trouve pas une ligne sur sa disparition dans la Dépêche de l’Ouest. Avec l’occupation, les préoccupations sont ailleurs…

« On n'a pas tous les jours vingt ans,

Ça nous arrive une fois seulement,

Et quand vient l'heure de la vieillesse,

On apprécie mieux la jeunesse

De ce beau temps si vite passé

On n'en profite jamais assez...

Et plus tard on dit tristement:

"On n'a pas tous les jours vingt ans!" »

A l’occasion d’un after, se retrouver autour d’une table à rire et à chanter avec Berthe, Fréhel et Piaf en partageant sans façon des rillettes de poulet rôtis aux légumes croquants alors que le champagne coule à flot !

 

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Pour une jolie terrine et une brassée de chanteuses réalistes :

200g de poulet rôti (à récupérer sur une carcasse délaissée d’un gros poulet rôti dominical acheté auprès de Sandrine de T’Yotte sur le marché de Sizun )

Une belle poignée de noisettes du jardin, décoquillées, pelées et torréfiée

Un petit fromage très frais de chèvre de La Ferme de Joséphine sur le marché de Sizun

Une toute petite gousse d’ail rose de Lautrec finement râpée en fine purée

Des tomates séchées à l’huile d’olive (maison)

Une cuillère à soupe de câpres

Deux à trois cornichons maison à l’aigre-douce et au chardonnay

Poivre noir

 

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Piler grossièrement les noisettes, détailler le poulet en petits dés (mieux vaut éviter de mixer) de même que les cornichons et les tomates égouttées. Mélanger au fromage, au poivre fraîchement moulu et à la purée d’ail. C’est prêt !

Il ne reste plus qu’à griller quelques toasts pendant que les rillettes se reposent au réfrigérateur.

Une gourmandise savoureuse, vite réalisées, économique, à partager dans la bonne humeur...

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