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La bien vieille Mayonne, avec sa robe noire, son sarreau parme et son paletot gris, ses chaussons de feutre et ses bas de laine, sait toujours tout sur tout, et surtout sur tout ce qu’on ignore. Elle sait aussi répondre à des questions qu’on ne posait pas. Ainsi, ce soir, alors qu’elle tricotait, presque invisible, au coin du feu et que les petits-enfants du Gouezou revenaient bruyamment du petit bois après avoir choisi et abattu le sapin en compagnie attentive de leur grand-père, elle a salué avec un grand respect ostensible le sapin nu qui trône désormais non loin de la cheminée. Ce qui n’a pas manqué d’interroger les petites têtes blondes ébouriffées et leurs grands yeux.

 

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« Savez-vous pourquoi les arbres de Noël sont des sapins et pas des chênes ni des ajoncs ? » a-t-elle demandé à la petite classe qui, déjà, s’installait en tailleur sur l’épais tapis kilim à ses pieds, laissant en plan le panier débordant des guirlandes et des boules étincelantes…

Il était une fois, il y très longtemps, il y a plus de deux mille ans, une nuit éclairée par des millions de jeunes étoiles dissipées surveillées par la lune blanche. Dans les monts d’Arrée, la neige recouvrait le massif d’un épais manteau blanc et glacé, d’où émergeait l’épaisse forêt. C’était, raconte-t-on, la nuit de la Nativité et tout ce qui vivait et respirait sur terre, dans les eaux comme dans les airs était saisi, dit-on, du frémissement qui prélude aux prodiges. A cette époque, l’immense forêt qui recouvrait l’Arrée courait bien au-delà des montagnes, jusqu’à la baie de Morlaix, jusqu’à la rade de Brest, jusqu’à la presqu’île de Crozon et jusqu’à la pointe du Raz Quimper. Bref, jusqu’au bout du monde connu. Tout n’était que forêt dense et luxuriante, les arbres dominaient ce monde, et leur très sage et prudente société était très strictement hiérarchisée : Chêne, sage et savant, dominait et régnait sur ses sujets d’essence moins noble comme ses fidèles et proches conseillers, Châtaignier, Orme et Hêtre, ainsi que la foule de ses sujets, Saule, Grand Pin, Sapin et tous les arbrisseaux, Houx, Aubépine et Ajonc…

Cette nuit-là, Chêne, du haut de la clairière de Roc’h-Trevezel, convoqua ses sujets et prit donc naturellement la parole en premier, en souverain avisé :

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- Frères, vous savez ce qui se passe là-bas, bien loin, en Orient. Un évènement considérable se déroule : une naissance sublime et magique. Il est de notre devoir d’aller offrir hommages et présents en bons serviteurs. Toutefois, vous n’êtes pas sans savoir que ce lieu est bien lointain, que la route est semée d’embûches et que le chemin est mal aisé pour nos natures fragiles. En souverain, je souhaite ne pas déserter mon royaume, rester donc sur mon trône et ne m’y rendrait donc point. Toutefois, je vous laisse libre d’y aller en délégation représentant notre monde sylvestre…

- Le roi a raison, s’empressèrent de renchérir les serviles conseillers, Châtaignier, Orme et Hêtre.

- Oui, opinèrent Saule et Bouleau. Il sera difficile pour nos fragiles et petites branches de parcourir ce considérable chemin aux mille dangers.

Un grand brouhaha sur répandit sur l’Arrée : Frêne et Peuplier hochèrent frileusement du bonnet, craignant pour leur tronc délicat et leurs feuilles tendres alors que Grand Pin se confondait en conjectures - son indécision versait dans une réserve proche d’un certain immobilisme-. Sapin, sur son quant-à-soi mais tout de même tenté, pesait soigneusement le pour et le contre alors que les arbrisseaux secondaires tenaient conciliabules : Houx, Aubépine et Ajonc se seraient bien imaginés courir le vaste monde et marcher vers l’orient, pays de lait et de miel, mais leurs coreligionnaires, hostiles, s’érigèrent comme la statue du commandeur et découragèrent toutes velléités de prendre la route. Ils se rangèrent donc à la raison du plus fort, avec, finalement, un soulagement à peine dissimulé. A branche levée donc, on vota, et la décision prise de rester sagement dans l’Arrée l’emporta à l’unanimité, avec l’efficacité d’un vote démocratique en Corée du Nord.

Au moment où l’assemblée se dispersait, un tout petit, mais vraiment très très petit sapin, venu du petit bois du Gouezou, secoua ses aiguilles céladon, toussota pour éclaircir son petit brin de voix fluet et déclara, tentant de couvrir les bruissements de ses aînés qui quittaient la clairière de Roc’h-Trévézel : « Mes camarades du Gouezou et moi-même, nous sommes décidés à nous rendre à Bethléem séance tenante. Nous porterons vos présents à l’enfant qui vient de naître : ceux d’entre vous qui n’ont pas de fruits ou de feuilles à offrir n’auront qu’à donner quelques branches pour réchauffer la crèche. Nous, nous porterons notre parure verte et brillante pour la décorer. Nous offrirons une partie de nos aiguilles pour parfumer le berceau et installer une couchette bien souple et isolante ! »

Le chêne, excédé car il avait à faire, mit tout de même cette proposition aux voix : une majorité écrasante de non se dégagea, quelques indécis parmi les arbrisseaux emboîtèrent le pas d’un citoyen confus, Grand Pin, qui finalement s’abstinrent alors que le tout petit, vraiment très très petit sapin levait bravement ses branches souples et parfumées vers le ciel étoilé. On n’était pas plus avancé…

A ce moment, un fracas gigantesque déchira la voûte céleste et une voix tonitruante, celle de l’Eternel, qu’on sentait au bord de l’apoplexie, foudroya l’assemblée sylvestre :

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- Quelle ingratitude ! Quelle déception ! Quelle contrariété ! J’attendais bien plus de vous tous que cette indécision crasse, ces excuses délétères et ces prétextes lâches… Toi, Chêne, aussi vieux que le monde, tu seras plus durement châtié que les autres en raison de ton rang : tes branches, jusqu’ici droites et élancées, deviendront à jamais noueuses et torturées, couvertes de lichen et de mousses, encombrées par le gui épiphyte, comme un éternel vieillard cacochyme ! Tu te courberas vers le sol et tes racines noueuses se confondront avec les pierres de l’Arrée ! Tes fruits jusqu’ici si doux deviendront durs et amers et nourriront désormais porcs et sangliers. Orme, Châtaignier et Hêtre, vous ne produirez désormais plus que des fruits ridicules en dépit de votre port altier et de votre taille élancée. Saule, tu vivras désormais les pieds dans l’humidité froide et tes fleurs seront des chatons ridicules. Quant à toi, Bouleau, tu resteras gris et grelottant de froid, et vous, Houx, Aubépine et Ajonc, vous serez couverts d’épines. Toi, Grand Pin, tu garderas ton feuillage mais tu grandiras sans fin jusqu’à te briser avec le vent !

La voix divine et courroucée se tourna vers le tout petit, mais vraiment très très petit sapin qui n’en menait pas large. Le ton s’adoucit et murmura dans un souffle, comme une caresse : « Toi, petit sapin, tu auras la sveltesse, la force et la parure éclatante qui te feront dominer le règne végétal. Tu pousseras droit vers le ciel et la lumière ! Tous les ans désormais, tu porteras mille lumières, mille bijoux étincelants et mille guirlandes chatoyantes, tu parfumeras les maisons, à tes pieds les enfants trouveront des cadeaux et tu finiras ton existence dans un feu de joie qui réchauffera les corps, les cœurs et la soupe ! »

Reprenant son souffle, la Voix expira sa colère sur la forêt, déshabilla le Roc’h-Trévezel et tout l’Arrée, découvrant le granit fauve, le recouvrant d’une lande rase. Seul le petit bois du Gouezou échappa au courroux divin. Puis les cieux déchirés sur refermèrent prudemment sur la colère divine et le calme revint sur l’Arrée, qui resta longtemps silencieusement sous le choc. Depuis ce temps, la montagne d’Arrée est nue et les petits sapins du Gouezou scintillent dans les maisons du hameau à Noël…

Mayonne a repris son tricot, qu’elle avait délaissé sur ses maigres genoux ; puis les petits ont dévoré le goûter, de jolis pancakes à la courge muscade, arrosés de miel de Judée, avant que reprenne le grand chantier étincelant autour du petit sapin du Gouezou.

 

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Pour une vingtaine de pancakes et autant de petits-enfants affamés :

270 gr de courge muscade cuite et mixée en purée fine

160 gr de farine

2 œufs du poulailler

1 c. à soupe sucre roux (rapadura, muscovado, …)

1 c à café levure chimique ou de bicarbonate de sodium

Un quart de cuillère à café d’un mélange à pain d'épices : cannelle, vanille, girofle, badiane, anis vert, cardamome, muscade…

120 gr de laezh ribot (ou de lait fermenté)

Du miel de Judée pour le service, mais aussi de la confiture, de la compote,…

 

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Fouetter les blancs en neige ferme.

Chauffer le bilig (c’est long, mieux vaut donc s’y prendre à l’avance).

Dans la cuve du robot-pâtissier, mélanger les jaunes et le sucre –jusqu’à simple dissolution du sucre-, puis ajouter la farine avec la levure et les épices. Ajouter la purée de potimarron puis le lait et mélanger pas trop pour obtenir une sorte de pâte fluide. Incorporer alors délicatement, les blancs en neige, de manière à obtenir une pâte mousseuse et légère.

Graisser la surface du bilig à l’aide du lardiguel huilé (ou d’un sopalin imbibé d’huile). À l'aide d'une cuillère ou d’une petite louche, verser de la pâte sur la plaque en forme de disque.

Laisser cuire une face une à deux minutes par face : le pancake doit dorer et se détacher facilement.

Placer les pancakes dans un joli plat en piles gourmandes et servir avec mille gourmandises à tartiner : miel, confitures et compotes.