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C’est peu de dire que, pour documenter son « Voyage dans le Finistère ou État de ce département en 1794 et 1795 » rédigé en 1799, Jacques Cambry a mouillé sa chemise et n’a pas ménagé sa peine.

Cambry

Cet étonnant personnage, curieux, voyageur et fin lettré, né à Lorient en 1749, commence sa vie en jetant sa soutane aux orties avant d’embrasser les théories révolutionnaires. Il est nommé commissaire des sciences et des arts et, à ce titre, est chargé en 1794 d’établir l’état des lieux du Finistère après la tourmente qui a suivi 1789 et ce au travers d’un catalogue des « objets échappés au vandalisme révolutionnaire ». Ni une, ni deux, il jette sa malle dans la diligence et quitte Paris pour le bout du monde qu’on appelle encore la Basse-Bretagne. Il se révèlera un observateur curieux et scrupuleux, plein d’empathie, portant un authentique intérêt à l'histoire et à la langue, à la musique et à la danse, ouvrant la voie aux collecteurs à venir, Hersart de la Villemarqué et Luzel.

Sa vision du bout du monde est étonnamment moderne et bienveillante tout en étant toutefois très empreinte des humanités qu’on lui a enseignées et des Lumières qui éclairent son regard. Le résultat de ces observations est singulièrement ambivalent. Il se désole des marques encore profondes de l’ancien monde lorsqu’il arpente les venelles de Morlaix « Tous les préjugés se professent dans les boutiques : les bonnes racontent encore des histoires de revenants, des miracles ; chargent d’erreurs le cerveau des enfants. Comment atteindront-ils à cette pureté d’idées, de principes et de raison qui doit achever la révolution philosophique que nous avons entreprise ? Une seule idée fausse corrompt toutes les idées, comme une liqueur coloriée ternit l’éclat d’une eau limpide. » Mais dans le même temps, Jacques Cambry s’enthousiasme: « Ne jugez pas ces gens sur l’apparence : ils sont en général hospitaliers, intelligents et fins; ils ont une raison solide, ils calculent avec justesse, l’imagination domine chez eux. On verra (…) quel est l’excès de leur superstition, combien de rêves les dominent ; ils vivent au milieu des ombres, des démons, des fées, des revenants et des sorciers ; ils les voient la nuit, le jour, dans leur sommeil, au coin de leurs fossés, dans les airs et sur les nuages. Aux contes du catholicisme, aux pratiques de la religion romaine, ils rajoutent le matériel de la religion druidique dont ils n’ont oublié que les idées sublimes : l’intérêt les a rendus sages, il les empêche d’être entièrement fous. »

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Tout l’intéresse, tout le passionne : les hommes, les femmes et les enfants, leur habitat, leurs habitudes alimentaires, leur vie quotidienne, leur langue, leurs légendes, mais aussi le climat, la géologie, la faune et la flore… Et, comme de juste, la météorologie l’interroge : « Le Finistère, entouré d’eau, est presque toujours couvert de brouillards. Il y pleut beaucoup. Mais à Brest, à Morlaix, il pleut sans cesse ; les années de sécheresse sont mauvaises dans ces cantons ; l’humidité habituelle ne rend pas le climat malsain. Un proverbe dit (c’est Dieu qui parle) : En bro isel pa nen dan tuddevahin a la quan // Si les Bas-Bretons ne me voient pas chez eux, ils y trouvent au moins la santé »

Notre intrépide voyageur, curieux comme une pie, émerveillé comme un poète, quitte après de longues semaines d’études Morlaix et la ceinture dorée pour gagner la montagne usée de l’Arrée et plonger son regard dans le cœur de la Bretagne : « Sur le point le plus élevé des montagnes d’Arès, à près de deux lieues de La Feuillée, est une chapelle antique, consacrée sans doute au soleil, dans les temps les plus reculés, (…) c’est à présent Saint Michel qu’on y révère. Dans les belles nuits, on le voit quelque fois déployer ses ailes d’or et d’azur et disparaître dans les airs.

Les jeux de l’imagination, lorsqu’ils ont quelque chose de brillant, me séduisent.

(…) En approchant de cette chapelle, la terre se dépouille d’arbres et de buissons, (…) elle n’est plus couverte que de bruyères et de rochers, brisés par les orages ou décomposés par les temps. Tout prend un caractère sauvage, un air de mort. C’est l’aspect d’un vaste désert dont rien n’égaie ou ne varie la longue uniformité. Les derniers villages, les derniers champs, forment des îles séparés, entourées de rochers, d’une espèce de tourbe, d’une terre noirâtre et marécageuse, résultat de bruyères corrompues, accumulées pendant des siècles. »

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Il poursuit son périple, avide de tout, et regagne Paris pour y coucher sur le papier son témoignage étonnant dans un rapport qui n’a rien de la sécheresse des écrits administratifs d’aujourd’hui.

Redécouvrir la relation circonstanciée et enthousiaste de cette formidable aventure au cœur d’un pays ou « des trésors sont gardés par des géants ou par des fées » est un vrai bonheur. Comme on ne parle pas la bouche pleine et qu’on engloutit consciencieusement du farz pitilig bien beurré, on laissera la mot de la fin à Jacques Cambry, « chaque pays a sa folie ; notre Bretagne les a toutes. »

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Pour quelques voyageurs avides de découvertes et d'aventures:

75 gr de crème d'avoine

75 gr de farine de froment

2 gros oeufs frais en provenance directe du poulailler

80 gr de sucre complet

125 gr de lait frais entier de vache bretonne pie noir

40 gr de beurre

 

C'est simple comme bonjour!88889577_o

Blanchir les oeufs et le sucre, ajouter les farines puis délayer soigneusement avec le lait. La pâte doit avoir une consistance un peu plus épaisse qu'une pâte à crêpes ou à far classique. Laisser reposer une vingtaine de minutes.

Faire fondre dans une petite poêle une cuillère à soupe de beurre. Dès qu'il mousse, verser une petite louche pâte. Rabattre à la fourchette les bords du farz vers le centre. Dès que le centre est pris, retourner la petite galette. Poursuivre jusqu'à la fin de la pâte.

Servir chaud avec du sucre ou de la confiture. Ici, version gourmande, avec de la mousse de caramel au beurre salé.