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« Mitin abred on bet va-unan

‘kichen chapelig Sant-Mikael

Ha tro-war-dro ar vrumenn

A stanke din prenestr ar bed »

Je suis allé seul de bon matin près de la chapelle St Michel, et tout autour la brume me dissimulait la fenêtre du monde… (Tuchenn Mikael par Youenn Gwernig)

Il se dit -mais comme il s’en dit des bêtises !- que les nuits de pleine lune, le cheval du diable circule sur le mont Saint-Michel de Brasparts, qu’on appelle aussi Tuchenn Mikael, cherchant à perdre les âmes avant de les emmener en enfer par le marais du Yeun Elez. Saint Michel, qui avait une dent contre Satan, lui tendit un piège et l’écrasa en effectuant plusieurs miracles sur le lieudit Menez Kronan, autrefois voué au culte druidique. En remerciement, le sieur de Kermabon, seigneur de Roudoumeur en Plonevez du Faou et propriétaire des lieux, donna en 1672 l’autorisation de construire au sommet du Mont une chapelle, qui fut achevée en 1679. Elle fut totalement ruinée à la Révolution. Au XIXème siècle, la chapelle fut reconstruite afin de remercier Saint Michel d’avoir mis fin à une épidémie… Du moins, c’est ce qui se dit… En fait, c’est tout à fait autre chose qui se produisit, il y a bien longtemps…

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Au temps passé, oublié, quand le crapaud était beau et le renard naïf, il y avait dans ce temps-là, un dragon épouvantable, sanguinaire et pour tout dire nauséabond qui aimait à terroriser le voisinage, à croquer bêtes et gens et à se rouler dans la fange putride du marais du Yeun Hellez. Lorsqu’il avait grand faim, ce qui arrivait plusieurs fois par jour, il montait au sommet du Tuchen Mikael, qui à cette époque culminait à plusieurs milliers de kilomètres –c’était alors le plus haut sommet au monde- pour brailler sa colère et choisir une proie alentour sur laquelle il fondait plus rapidement qu’un épervier, déployant ses larges ailes sombres et crachant au passage tous les feux de l’Enfer –car il préférait les proies rôties, on peut être concomitamment dragon et gourmet-. Il entreposait au sommet de la montagne un magnifique trésor ensorcelé qu’il complétait au fur et à mesure avec des objets magiques et des bijoux dont il délestait ses victimes avant de les croquer. Il venait parfois le contempler au soleil couchant en faisant filer entre ses griffes ensanglantées pièces d’or et gemmes étincelants. Cela faisait un raffut du tonnerre. Puis, rasséréné par cette bruyante comptine, il redescendait dormir dans le marais puant. Au petit jour, entre fracas et fureurs, tout recommençait.

Bref, cette bruyante menace finit par agacer considérablement le petit peuple de l’Arrée. Lorsque le dragon finit par dévorer un beau jour une jolie petite fée replète et fort populaire –elle n’avait pas son pareil pour faire hurler de rire poulpiks et korrigans de ses impayables grimaces-, ce fut la goutte d’eau faisant déborder un vase déjà bien plein. On se réunit pour protester, on réclama justice à corps et à cris, on défila sous les fenêtres de la Reine des Fées qui, de guerre lasse, diligenta le géant Hock Braz, dûment armé de sortilèges puissants. Un combat titanesque se déroula au sommet du Tuchenn Mikael au cours duquel volèrent rochers et éclats de montagne. Puis, alors que le Géant finissait d’assommer de ses poings gigantesques l’énorme saurien maléfique, un ultime sortilège fit se fendre en deux la montagne qui engloutit le dragon et son trésor avant de se refermer avec un soupir d’aise. Lorsque le calme fut revenu, force fut de constater que la montagne ne mesurait plus que trois cent quatre-vingt mètres. « Bof ! Ce n’est pas bien grave ! » sourit la Reine des Fées qui d’un murmure érigea une chapelle et son clocher pour regagner tout de même quelques mètres. Et la paix régna à nouveau sur l’Arrée…

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Mais, comme de bien entendu, les langues allaient bon train, colportant avec une exactitude qui allait s’amenuisant le terrible combat. De réel, il devint légendaire et les conteurs faisaient voyager cette histoire fantastique aux quatre coins de l’univers. D’aucuns regrettaient la perte de cet inestimable trésor, d’autant qu’on murmurait qu’y figurait une baguette en coudrier d’or de l’ultime victime du monstre, le plus puissant objet magique au monde. On avait aussi constaté que chaque soir de Noël, tandis que résonnaient les douze coups de minuit à la chapelle, la montagne Saint-Michel s’entrouvrait, baillait, laissait apparaître le trésor qui scintillant, redonnait mille feux aux étoiles et à la lune puis se refermait une fois le douzième coup sonné. Parce qu’on est quand même bien bavards dans les monts d’Arrée, on racontait aussi qu’à de nombreuses reprises, de jeunes inconscients avaient tenté de s’introduire dans la faille pour dérober la puissante baguette mais, incapables de résister au reste du trésor ensorcelé, perdant un temps encore plus précieux qui leur était dûment compté, ils avaient péris broyés par la montagne qui se refermait et rôtis par le dragon que la solitude affamait. Cette fin effroyable glaçait de terreur les plus courageux.

Un beau jour pourtant, au pied de la montagne, un jeune garçon qui louait ses bras dans les fermes avoisinantes et qui vivait chichement au Gouezou se résolut à secouer le joug de la pauvreté crasse qui le condamnait à travailler comme une bête de somme jusqu’à son dernier souffle. « Je tenterai bien ma chance car ma famille, mes amis et moi-même méritons bien d’être heureux ! » songea-t-il car il était un peu communiste. Et il confia ses desseins pleins d’espoirs à ses parents. Ces derniers, que les années avaient usés et qui ne croyaient plus qu’en la prudence et le labeur, l’enjoignirent de renoncer à ce funeste projet. Avec l’assurance insolente et l’inconscience délétère que confère la jeunesse, il assura à ses parents comme à ses frères et sœurs qu’il reviendrait de l’aventure vivant, riche et puissant, si riche que plus jamais il n’y aurait de pauvre au village, si puissant que le bonheur règnerait jusqu’à la fin des temps les monts d’Arrée. Il ne convainquit personne d’autre que lui, c’est évident.

La veille de Noël, le jeune homme aida son père à choisir une bonne et belle bûche à mettre dans la cheminée pour la veillée, une bûche merveilleuse qui porterait bonheur à toute la famille. Alors que le père, dévoré d’inquiétude bougonnait « Bûche ! Rends sa raison à mon fils ! », le fils murmura, la déposant dans l’âtre : « Belle bûche, aide-moi à accomplir mon vœu ! »

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La mère vint trouver son fils et lui offrit une belle paire de sabots tout neufs pour lui porter bonheur, marmonnant « Sabots! Rendez la raison à mon fils ! » alors que le fils songeait : « Bons sabots de bois, vous m’aiderez à accomplir mon vœu! »

La fin de la journée se profila : la maisonnée s’affaira à préparer le modeste repas du réveillon. On éplucha les légumes pour la soupe dans laquelle la mère plongea un joli morceau de lard et un pauvre sac de far noir à défaut de froment. Les plus jeunes de la fratrie décorèrent la modeste masure avec du feuillage brillants de houx aux boules rouges rutilantes. La soirée du réveillon bien impécunieux commença assez joyeusement mais avec une sorte de tristesse en filigrane : l’ambiance oscillait entre la joie de Noël et la veillée funèbre.

La plus jeune des sœurs, les larmes aux yeux, prétexta : « Je vais à l’étable apporter leur part de réveillon aux bêtes… » S’adressant tour à tour à la vache, au cochon et aux poules, elle souffla : « Joyeux Noël, joyeux Noël et, tout à l’heure ne dites pas trop de mal de nous ! » car chacun sait que les animaux parlent entre eux le soir de Noël. Elle murmura dans l’oreille du cheval : « Cheval, mon gentil bidet, toi qui sais parler la nuit de Noël, empêche mon frère de commettre cette folie ! »

Mais son grand-frère, qui l’accompagnait pour l’aider dans sa tâche, s’approcha du vieux cheval et dit à voix basse en lui flattant l’encolure : « Cheval, mon gentil bidet, tu m’aideras à accomplir mon vœu, j’en suis sûr ».

Il y eut alors au loin, vers la montagne, un grondement assourdissant. Le dragon se réveillait et la montagne s’étirait. L’intrépide garçon de ferme enfourcha alors le pauvre bidet alors que de la cheminée de la masure familiale surgissait un éclair aveuglant, propulsant dans les bras du cavalier un morceau de bûche enflammée dont il se saisit comme une torche.

Le premier coup de minuit sonna sur la montagne : le garçon éperonna d’un coup de ses sabots neufs le bidet qui fila à travers la lande au triple galop.

Au deuxième coup de minuit, ils entamaient l’ascension de la montagne. « Aie confiance, mon maître! » hennit le bidet.

Au troisième coup de minuit, le garçon aperçut la silhouette de la chapelle. Au quatrième coup de minuit, le dragon tonna d’une voix de rogomme : « Que faites-vous ici, misérables ? tournez casaque tant qu’il est temps ! »

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Au cinquième coup de minuit, la montagne se fendit. Le garçon sauta de sa monture, perdant ses sabots au passage. Ceux-ci se précipitèrent dans la lézarde qui s’élargissait. « Suis tes sabots neufs! » hennit alors le bidet.

Serrant sa torche des deux mains, il mit ses pas dans ceux de ses sabots et descendit dans l’antre méphitique : un grand feu y brûlait et des ombres semblaient y danser.

Le sixième coup de minuit retentit alors que la montagne tout entière grondait et que le dragon s’étirait et fredonnait « Le téméraire, à Noël, fait le fanfaron ! Le téméraire, à Noël, nous le garderons!"

D’autres voix ensorcelées, plus fluettes, l’apostrophèrent : « Par ici ! par là la baguette en coudrier d’or ! » Au septième coup de minuit, le bidet s’adressa au jeune homme : « Ne les écoute pas ! Va dans le feu, va dans le feu ! » Le garçon n’hésita pas une seconde, et entra sans peur dans le brasier : les flammes léchaient ses sabots, mais ceux-ci ne prirent pas feu.

Comme le huitième coup de minuit sonnait, les ombres se firent plus nombreuses dans la cheminée, l’encerclant, le poussant vers le dragon qui grondait : « Regarde, le téméraire ! Regarde, le fanfaron ! Qui nous gardons, Qui nous avons ! »

Le garçon, désorienté qui peinait à se concentrer sur ses priorités, vit alors au fond de la cheminée, au milieu de ces ombres horribles et grimaçantes, une petite fée replète en pleurs, ailes froissées, chignon de guingois. Il fit un pas vers elle au moment où retentissait le neuvième coup de minuit. Le bidet, inquiet et qui n’en perdait pas une miette, penché au bord du gouffre, recentra le garçon sur ses fondamentaux : « La baguette, dans le feu, va d’abord chercher la baguette de coudrier d’or ! Sers-toi de ta torche ! » Le garçon s’ébroua, brandit le morceau de bûche de Noël embrasé qu’il tenait en main depuis son départ : les flammes maléfiques du brasier s’écartèrent et la baguette de coudrier d’or, frêle et tortueuse, apparût. Le garçon s’en saisit au moment où sonnait le dixième coup de minuit. Dans un hurlement lugubre, les ombres s’évanouirent aussitôt dans la nuit alors que le silence se faisait. Les ailes de la petite fée se défroissèrent, son chignon se redressa alors que ses larmes séchaient et que son sourire s’épanouissait. Le onzième coup retentit. Le dragon, qui semblait sonné par le calme revenu, se redressa, menaçant, fort dépité par la perspective de louper son dîner annuel : la petite fée saisit alors le garçon par le fond de sa culotte –nécessité faisant loi- et le hissa d’un coup d’aile sur le bord de la faille alors que le douzième sonnait : dans une grondement de fin du monde, la montagne se referma sur le rictus furieux du dragon prisonnier, assis sur ce qui restait de son trésor dans la nuit géologique de l’Arrée.

«  Seul un cœur pur et honnête pouvait rompre le sortilège dont j’étais prisonnière. Je serai, si tu le veux bien, ta meilleure amie jusqu’au bout de ta vie. Voudrais-tu me rendre ma baguette magique ? » dit la petite fée avec enthousiasme –c’était la meilleure proposition qu’elle puisse lui faire parce qu’elle n’avait pas du tout envie d’épouser ce garçon-.

Le vieux bidet, aidée par les ailes de la petite fée qui lui donnait des airs de Pégase, les redescendit au Gouezou. « Que j’ai faim ! Que n’ai pas mangé depuis des milliers d’années !» s’exclama la petite fée replète en entrant dans la pauvre masure. Et d’un claquement de doigts, elle fit apparaître sur la vieille table branlante une bûche de Noël aux fruits merveilleux, inouïs et improbables que jamais personne n’avait jamais vu au bout de ce monde : bergamote, coco, ananas victoria, kumquat, passion, banane, citron vert, mangue… Avant de s’attabler, le garçon restitua la baguette à la petite fée -car elle savait s’en servir, ce qui n’était pas son cas-. Elle fit immédiatement pleuvoir sur l’Arrée tout le bonheur du monde. Et c’est bien tout ce qui compte, non ?

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Le cours de la vie de chacun reprit autour de la montagne Saint-Michel de Brasparts sous laquelle, prisonnier à jamais, ronchonne notre dragon chafouin, bien mauvais joueur, reconnaissons-le.

Telle est l'histoire que l'on raconte. A ce qu'on dit, chacun par la suite épousa qui il voulait pour peu qu’un authentique amour fut réciproque. Et vous, qu'en pensez-vous ?

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Pour une petite fée replète, un intrépide garçon, son père, sa mère et ses frères et sœurs :

 

Pour le biscuit roulé

125 gr de fécule de maïs

125 gr de sucre

4 œufs

Une grosse pincée de bicarbonate de soude

4 cuillères à soupe coco râpée

4 gouttes d’huile essentielle de bergamote

Un citron vert bio (zeste et jus)

Trois mangues bien mûres et 50 gr de sucre de canne complet (ou un pot de confiture de mangue)

Une banane bien mûre

Pour accompagner : une crème fouettée parfumé à la vanille Bourbon et au rhume Charette, une salade de fruits exotiques bio, bien mûrs et très frais : kumquat, passion, lechis, ananas Victoria, mangue, pamplemousse chinois, banane et jus de citron vert, etc.

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Commencer par la compote de mangue : détailler la mangue en dés, ajouter le sucre. Placer le tout dans une casserole et laisser compoter à feu moyen à doux jusqu’à obtenir une compote courte en jus. Laisser refroidir.

Préchauffer le four sur 160°, chaleur tournante.

Pendant ce temps, dans le bol du robot pâtissier, placer les œufs et le sucre et fouetter à grande vitesse pendant cinq bonnes minutes : le mélange doit doubler de volume. Réduire la vitesse au minimum, puis ajouter la noix de coco, le zeste de citron vert et l’huile essentielle. Enfin, rajouter la maïzena, par cuillères à soupe, ainsi que le bicarbonate.

Garnir une plaque de cuisson d’une feuille de papier sulfurisé et étaler la pâte sur toute la surface avant d’enfourner pour dix minutes. Sortir du four et déposer le biscuit avec son papier sur un torchon bien propre et légèrement humide, côté biscuit sur le torchon. Ôter alors délicatement le papier et le poser sur le côté.

Badigeonner toute la surface du biscuit de jus de citron vert au pinceau puis étaler la compote de mangue. Disposer alors de très fines tranches de banane puis rouler le biscuit sur lui-même, sans trop serrer. Poser alors le rouleau obtenu sur le papier de cuisson et bien refermer le tout. Placer le boudin emballé dans le réfrigérateur.

Au moment de servir, déballer le gâteau, trancher les extrémités pour égaliser et décorer la buche avec de fines tranches de citron vert, de kumquat et de banane. Servir avec une salade de fruits frais et une chantilly parfumée au sucre de canne complet, à la vanille Bourbon et au rhum Charrette.

Simple, facile et surtout, dans le contexte des agapes de fin d’année, très rafraîchissant…