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Reconnaissez-le. C’est dans l’indifférence générale que s’est déroulée la journée du 13 septembre 2018. C’était un jeudi mais c’était aussi le centième anniversaire de la disparition d’une dramaturge et diariste brestoise singulière plongée dans le silence et l’oubli depuis déjà de nombreuses décennies. Sa mémoire ne lui aura d’ailleurs pas survécu bien longtemps ni son œuvre. Quoi que… Et pourtant, quelle étonnante et poignante trajectoire que celle de Marie Lenéru dont la vie, portée par une formidable énergie vitale, fut jalonnée par la maladie et le deuil.

Ça commençait plutôt bien : pendant près de dix mois, les dix premiers mois de son existence, sa vie fut pleine d’insolentes promesses. Elle naquit donc une douce nuit de printemps 1875, rue de Siam à Brest, dans un foyer amoureux, aisé et cultivé: première née d’un père officier de marine –ils ne sont pas installés à Brest pour rien-, et d’une très jeune mère bourgeoise et lettrée, elle-même fille d’Amiral. Jusque-là, tout va bien.

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Hélas ! Elle n’a pas soufflé sa première bougie que son père, Lieutenant de Vaisseau âgé de trente-deux ans, meurt aux Canaries d’une maladie intestinale alors que la jeune mère entame une seconde grossesse. Le petit frère de Marie naît quatre mois plus tard et connaît la trajectoire d’une étoile : Alfred meurt à son tour à l’âge de ses tout premiers pas. Il ne fait pas bon être un garçon dans ce foyer-là…

La toute jeune Marie et sa mère, jeune veuve de vingt-et-un ans, trouvent soutien et refuge auprès des oncles de l’enfant qui reçoit dès lors une éducation très religieuse évidemment mais aussi littéraire, philosophique et scientifique. Auprès de son oncle Lionel, normalien, agrégé de philosophie, puis docteur ès philosophie et philosophe, elle étanche sa soif d’apprendre, nourrit son esprit fertile et le suit, avec sa mère, au fil de ses affectations universitaires, de Lyon à Toulouse, de Montpelier à Paris. La petite fille aime les voyages, la découverte de nouveaux univers mais revient toujours avec un égal bonheur à Brest, rue de Siam, dans la maison de son grand-père maternel où elle vu le jour et au Trez-Hir, plage plouvonvelinoise,où elle se sent véritablement chez elle.

Comme toutes les petites filles de son âge, vive et rieuse, elle joue à la marelle, à cache-cache ou à la corde avec ses camarades sur le cours d’Ajot et sur la place Wilson (qui s’appelle Champ de Batailles en cette fin de XIXème brestois) et joue à la poupée de façon étonnante, orchestrant de véritables saynètes aux dialogues structurés et aux didascalies soignées qui surprennent les adultes de son entourage : dans son cocon enfantin, la petite dramaturge en herbe tisse déjà ses toiles de fond qui feront d’elle une auteure jouée à la prestigieuse Comédie Française.

Mais on en n’est pas encore là. Très tôt –elle a à peine onze ans-, et, il faut bien le reconnaître, très fermement incitée par sa mère, elle tient son « Journal d’enfant ». Diariste un jour, diariste toujours. Elle tiendra toute sa vie l’histoire de ses jours ce qui lui vaudra une certaine postérité : son journal intime, soigneusement expurgé par sa mère (qui éliminera sans état d’âme tout ce qu’elle considèrera politiquement et moralement incorrect construisant ainsi la cosmogonie de la gloire de Marie), sera publié de façon posthume et connaîtra même des traductions et des rééditions –on doit la dernière en date aux éditions Bartillat en 2007-. L'édition n'en finit pas de ramener sur la plage ses propres épaves qu'elle avait longuement négligées.

Jusqu’ici, après un départ dans la vie chaotique, tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles d’une petite fille issue d’un milieu aisé en cette fin de XIXème qui n’était pourtant pas tendre avec tout le monde.

A partir de 1886, les ennuis de santé vont s’enchaîner et ne lui laisseront plus de répit. Cela commence avec des rhumatismes qui vrillent ses articulations, puis une fièvre typhoïde avant, en 1889, un dîner qui lui coûtera bien cher au cours duquel elle rencontre une petite fille porteuse de la rougeole… Elle contracte donc cette maladie infantile aussi contagieuse que dangereuse et développera des complications terribles : une surdité définitive qui l’emmure dans le monde du silence deux ans plus tard alors qu’une maladie de la cornée la plonge dans la nuit… A quatorze ans, elle ne peut désormais plus entendre, ni lire ni écrire. Rideau.

S’ensuivent plusieurs années de valses auprès des spécialistes qui, à l’aube du XXème, sont bien démunis; mais l’adolescente qu’elle devient, soutenue par une mère qui ne baisse pas les bras non plus, secoue énergiquement le joug de la fatalité. Elle tente alors d’apprivoiser ses handicaps et note avec un singulier bonheur, après quatre années de réclusion en elle-même, qu’elle recouvre très partiellement la vue : sinon la lumière, du moins une lueur lui revient. A partir du moment où elle entrevoit un livre, une feuille et un stylo, elle n’aura de cesse, rageusement, jusqu’à son dernier souffle, de lire, d’apprendre, d’écrire et d’exister aux yeux du monde. « « Qu’est-ce que la résignation ? Le désespoir accepté » écrit-elle.

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Comme un ex-voto, elle note et fait sienne cette règle : « Il faut vouloir ». Elle «décide de vivre pour se venger de la mort », clôt son journal d’enfant et entame son journal d’adulte. Elle a compris depuis longtemps qu’elle n’épouserait pas un bel officier de marine, qu’elle n’éprouverait pas les frissons de l’amour et de la passion charnelle. On sent poindre une rageuse révolte : « On peut être une très honnête fille et avoir un amant. Quand ils seront mariés on n’y pensera plus. » Etonnant sous la plume d'une jeune demoiselle bourgeoise... Il lui faut donc inventer une nouvelle façon d’exister. Héritière d’une lignée de marins, elle se voit assignée au port. Mais à partir de là, tout change : elle étudie avec l’énergie du désespoir –elle publie une étude sur Saint-Just et un travail sur Helen Keller-, entretient une correspondance assidue avec des intellectuels et des personnalités de son temps comme Léon Blum et Maurice Barres, poursuit son œuvre de diariste, écrit une nouvelle qui sera primée en 1908, puis une pièce de théâtre, «Les Affranchis», qui sera jouée à l’Odéon en 1910 puis reprise, bien plus tard, à la Comédie Française … La presse parisienne encense cette voix étrange : le Matin titre en Une le 12 décembre 1912 « Comme Beethoven » et poursuit ainsi : «Mademoiselle Lenéru, qui triompha samedi à l’Odéon, n’a pu entendre le fracas des bravos dans la salle, car elle est sourde» Mais pour Marie, « Être sourde, c’est probablement ne pas entendre, mais en tout cas ce n’est pas se taire »: sa voix intérieure porte loin. En dépit du succès, elle vit pourtant chichement, toujours avec sa mère, dans une pension de famille parisienne mais revient toujours se ressourcer à Brest et au Trez-Hir, plage blonde du bout du monde, prisée de la bourgeoisie brestoise qui y a fait construire dans cette fin de siècle très balnéaire des villas trop grandes et des parcs trop dociles. «Ce qu’il y a d’ouvert dans le Trez-Hir, de mon lit, du fond de ma chambre, les Tas-de-Pois debout à l’ouest, pierres druidiques en pleine eau, ruines d’Atlantides, c’est bien les parois des continents, pour moi, la Grande Porte d’Occident, le seul endroit du monde par où vraiment l’on sorte, par où " Le Français ", la semaine dernière, s’en allait au pôle sud … » (Trez-Hir, septembre 1903)

Tout va donc bien à nouveau pour Marie même si des bruits de bottes se font entendre alors qu’un conflit d’une violence inouïe est sur le point d’éclater et de réduire en cendres le monde qu’elle avait apprivoisé malgré tout… Marie se bonifie avec le temps et le silence, s'affranchit des codes de son milieu : elle s’éloigne de la chose religieuse, est séduite par les thèses socialistes et le pacifisme.

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Mais ça finit mal… La maladie la rattrape à nouveau sous la forme de la terrifiante grippe espagnole qui la foudroie alors que la folie meurtrière de la Grande Guerre s’éteint. «Je me sens devenir inexorable » Elle avait quarante-trois ans.

«Je veux me mettre des blancheurs d’écume dans l’âme ; j’en ai tant regardé aujourd’hui ! Au cimetière de Plougonvelin, j’ai senti qu’on pouvait mourir ici, mourir vengé et rassasié du spectacle emporté. Ailleurs les hommes sont enfouis, il n’y a que près de la mer qu’on remonte à la surface ».

On grignotera de petits palmiers croustillants au chèvre sec, à la sauge et à l’écorce de citron en faisant tinter nos verres à la mémoire d’une recluse opiniâtre qui cultiva l’évasion toute sa vie… Yec'hed mat, Marie!

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Pour un plateau de jolis grignotis croustillants :

400 g pâte feuilletée maison pur beurre, c’est bien meilleur !

Un petit bocal de tomates séchées confites à l’huile

60 g Parmesan râpé

Quelques feuilles de sauge fraîche

Une petite gousse d’ail

Une petite poignée d’oléagineux (noisettes, amandes ou noix de cajou par exemple)

Un citron jaune bio (pour le zeste)

Poivre noir du moulin

Du piment d’Espelette

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Commencer par abaisser la pâte en un grand rectangle pas trop fin (environ 0.5 mm).

Dans un petit robot mixer, verser les tomates avec la moitié de l’huile, le chèvre sec finement râpé, les graines, l’ail pilé, les feuille de sauge émincées, le poivre moulu, la pincée (ou plus !) de piment et enfin de le zeste de citron très finement râpé.

Mixer par à-coups pour réduire le tout en pâte sans faire chauffer le mélange.

Etaler cette pâte à la maryse sur toute la surface de la pâte puis rouler la pâte en roulea, garniture à l’intérieur évidemment, et point trop serré.

Placer au congélateur 10 min. Découper chaque bande en escargot de 5 mm de large.

Poser les feuilletés à plat sur une plaque de cuisson recouverte de papier sulfurisé.

Préchauffer le four à 200°, chaleur tournante, puis enfourner les feuilletés et faire cuire une douzaine de minutes. Servir tiède.