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Bien avant que James de Kerjégu bâtisse un château tout rose comme sorti d’un conte de fées rétro-futuriste, Trévarez, en l'ancienne paroisse de Laz au cœur des Montagnes Noires, fut le théâtre des aventures pleines de rebondissements, de trahisons, de manipulations, de séductions, d’espionnage, d’assassinats, de suppliques, bref des aventures épiques de Louise. Avec en toile de fond les puissants et indissociables Eros et Thanatos -l’amour et la mort-, la vie de Louise fut donc une succession de rebondissements échevelés. Tout commence toutefois très calmement. Une délicieuse petite fille, blonde, potelé aux grands yeux bleus d’une innocence qui en fera chavirer plus d’un, voit le jour, un beau matin de 1770, dans le lit conjugal de Charles du Bot du Grego, marquis de la Roche et de Coatarmohal, baron de Laz, comte de Gournois, vicomte de Curru, seigneur du Grégo et de nombreux autres lieux. Ça beaucoup de titres pour un seul homme que le Ciel ne dotera que d’une fille unique. Mais quelle fille !

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Ce père à particules à tiroirs, né en 1741, avait épousé Jeanne-Vincente, fille de Hyacinthe Thomas de La Caunelaye, héritière du Vaudequip en Allaire et de Botblay en Sulniac, ce qui vint encore augmenter la richesse foncière du futur paternel. Il avait vingt-sept ans, elle en avait à peine dix-huit.

Si les premières années de cet hyménée artificiel se déroulent sous les meilleurs auspices possibles -avec la naissance de la prunelle de leurs yeux, digne fille de ses parents-, la suite laisse à désirer : la personnalité des deux époux va s’épanouir et s’entrechoquer dans ce monde finissant, qui ne sera bientôt plus que l’Ancien Régime. Charles, riche seigneur instruit mais fêtard, se révèle donc jouisseur et insouciant, fantasque et désinvolte, très mauvais gestionnaire et consommateur assidu de chair fraîche. Il brûle la chandelle par les deux bouts : sa tendre épouse en conçoit quelque acrimonie. Pour occuper ses journées -ne se satisfaisant pas de l’éducation de sa fille, semble-t-il-, et consoler ses nuits, la jeune mère éplorée et bafouée trouve refuge dans d’autres bras, à commencer par ceux du régisseur. C’est de bonne guerre.

Charles poursuit consciencieusement sa vie de bâton de chaise, se retrouve dans des situations embarrassantes, veut bâtir des châteaux sinon en Espagne du moins à Laz (projet que mènera donc James de Kerjégu à son terme mais deux siècles plus –tout vient à point à qui sait attendre- ) : en bref, il dilapide sa fortune, ternit son nom et carbonise son mariage :

En 1878, la messe est dite (un jugement prononce la séparation de biens entre les deux époux) et une sorte de guerre des Rose commence (les ex n’auront de cesse de se nuire mutuellement à travers mille chamailleries, embrouillaminis, provocations et querelles intestines). C'est dans cette ambiance que grandit Louise, entre des parents adultères, sur fond de désaccords, d’inconduites, de scandales et de dilapidations… La jolie petite marquise, qui aurait pu être un très beau, très sage et convoité parti, est mariée à quinze ans à un petit et terne noble normand: le vicomte de Pontbellanger : elle est présentée au roi, Louis XVI, le 25 juin 1789. Mauvaise année pour la noblesse, on en conviendra.

Comme ce fût le cas quelques années auparavant avec ses parents, les premières années de mariage se passent… plutôt pas trop mal : pendant la Révolution et après le début des guerres de chouannerie en 1793, elle ne quitte pas son mari d’une semelle, fait même preuve d’un singulier courage et n’hésite pas à passer par le fil de son épée quelque républicain importun. Mais il vient un jour de 1795 au vicomte l’idée de se réfugier outre-manche, devenant au passage aide de camp du comte d’Artois, ce qui n’a pas du tout l’heur de plaire à Louise qui reste vigoureusement attachée à sa Bretagne et cherche à tout prix à sauver ce qui peut l’être de la tourmente révolutionnaire.

Ses pas croisent alors ceux d’un tout jeune général, héros de la Révolution, auréolé d’une gloire toute fraîche et beau comme un dieu grec –les goûts et les couleurs…-. La morale ténue et la vertu fragile de Louise vacillent, se fendillent et disparaissent dans un tourbillon de passion. Bref, elle devient sa maîtresse du Général Lazare Hoche. Par-delà leurs coupables ébats –dirons-nous pudiquement-, leurs relations évoluent très vite vers une sorte de collaboration construite sur un échange de bons procédés.

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Louise de Grégo devient l’espionne de Hoche en lui livrant des informations sensibles qui vont faire basculer l’Histoire. Elle aurait par exemple renseigné son puissant amant sur l’imminence du débarquement des Bleus à Quiberon qui seront massacrés sans autre forme de procès. On ne fait pas dans la dentelle dans ces temps troublés : cette trahison éloigne du Morbihan l’un des principaux chefs chouans, Tinténiac, pour l’entraîner vers une embuscade fatale dans les Côtes-du-Nord ; Louise aurait également joué un rôle dans l’arrestation du chef royaliste Charrette comme dans la mort de son premier mari, de Pontbellanger, en 1795, faisant d’une pierre deux coups. Hoche obtient alors le commandement de toutes les armées de l’Ouest et s’installe à Brest. La sulfureuse jeune veuve s’installe donc à Trévarez, désormais libre comme l’air, et reçoit régulièrement la visite d’un Hoche empressé. On murmure même que le fiasco irlandais du brillant Hoche –une expédition ratée qui devait aider au soulèvement de l’Irlande- serait dû à cette cour assidue et aux penchants irrépressibles du fringant maréchal pour les galipettes de Laz, l’éloignant des préparatifs sérieux qu’une telle opération exigeait pourtant… Mais on est bien mauvaise langue, au fond.

Les histoires d’amour finissant souvent mal, d’autant plus qu’elles sont sulfureuses, en 1797, Hoche, nommé à la tête de l’armée de Sambre-et-Meuse, meurt sans avoir donné de nouvelles à la belle Louise de Grégo. Taratata ! La courtisane sèche ses larmes –a-t-elle pleuré d’ailleurs ?- : elle a bien compris les leçons de ce qu’elle vient de vivre et jette incontinent son dévolu sur un autre gradé, proche du général républicain, le colonel Michel Bonté, qu’elle épouse en 1797, devenant baronne d’Empire. Avec la Restauration, fidèle à son extraordinaire capacité d’épouser toutes les causes, pourvu que cela serve la sienne, elle intrigue à nouveau pour protéger ses intérêts auprès de Louis XVIII aux pieds duquel elle se jette fort théâtralement : pour avoir la paix sans doute, le monarque exauce ses prières, maintient son mari dans des postes honorifiques, restitue à Louise les terres et les biens de son père qui avaient été dilapidés ou confisqués et la renvoie à Laz. Elle y meurt au terme de cette vie rocambolesque à cinquante-six ans, en 1826. Son mari qui perd avec elle une énergique protection est mis à la retraite d’office six mois après et en profite pour se remarier avec une jeune femme effacée pour profiter calmement des dix années qui lui reste à vivre. Oui, Louise aura été une femme fatigante pour beaucoup, étonnante pour nous.

On écoutera, en sa compagnie bien sûr, les détails croustillants de sa trajectoire obstinée en dévorant de petits cœurs coulants au chocolat noir et à la vanille...

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Pour 8 muffins gourmands

100 g de chocolat noir de qualité à 70% de cacao (et pur beurre de cacao)

100 g de beurre demi-sel (ah ! le contraste entre l’amertume du chocolat noir, la petite pointe de sel et la douceur fondante du chocolat blanc…)

40 g de sucre

40 g de farine

2 gros œufs du poulailler

8 carrés de chocolat blanc de qualité pur beurre de cacao

Vanille Bourbon en poudre

 

Faire préchauffer le four sur 200°.

Faire fondre au bain-marie le beurre et le chocolat noir coupé en morceaux.

Dans une jatte, fouetter les œufs avec la farine et le sucre. Mélanger intimement avec le beurre et le chocolat fondus. Verser dans des moules individuels en silicone. Placer un carré de chocolat blanc dans chaque moule et saupoudrez rapidement d’une pincée légère de vanille en poudre, avant que la pâte au chocolat noir engloutisse le chocolat blanc, et enfourner.

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Laisser gonfler 7 mn.

Laisser refroidir sur grille et apprécier ce petit fondant au cœur coulant en roucoulant de plaisir… Emilie, Camille, Marion et Malo ont apprécié....