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Au XIXème siècle se succèdent sur les routes de Bretagne une foule de lettrés romantiques attirés, comme des papillons de nuit autour d’un lampion, par l’architecture -notamment religieuse, providentiel retour en grâce postrévolutionnaire- érigée sur le socle granitique armoricain.

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Peintres et écrivains contribuent ainsi à l'élaboration d'une image de la Bretagne médiévale au cours des années 1830. Leurs récits de voyage donnent naissance à une thématique bretonne où le Moyen Âge tient une place importante. Ces parcours bretons se succèdent selon un rythme assez dense : 1824, voyage d'Eugène Isabey, 1826, Turner, 1829, Corot, 1831, Michelet, 1834 et 1836, séjours de Victor Hugo, 1835, tournée de Prosper Mérimée au titre des Monuments historiques. Images et écrits s'associent pour célébrer le pittoresque et l'archaïsme de la Bretagne, un archaïsme qui est considéré comme une chance par les archéologues. Les traces du Moyen Âge sont nombreuses et assez bien conservées: tous ces voyageurs réinventent une Bretagne médiévale, en privilégiant certains aspects et en laissant bien d'autres de côté.

Durant l’été 1835, Mérimée et son guide breton sillonnèrent donc les chemins rugueux sous les yeux étonnés d’une population souvent plus occupée à survivre qu’à sauver ces déjà vieilles pierres, héritage d’un passé dont elle ne savait pas toujours grand-chose. On imagine sans peine l’arrivée un beau jour de septembre, dans la lumière dorée de la fin de l’été, du jeune Prosper découvrant, à peine descendu de la diligence, roué et moulu, la belle église de Goulven de style flamboyant prisé au XVIème siècle, un peu démesurée au regard de la taille du modeste village, avec en toile de fond l’immensité sauvage de la baie découverte alors que la marée montante déroule rapidement dans l’anse grise bordée de dunes dorées. On aura sûrement glissé à Prosper que selon la légende, une première église aurait été bâtie au VIème siècle par le comte Even, en remerciement d'une victoire contre les Vikings. Quelque vieille au visage tanné et aux yeux clairs lui aura sans doute conté la vie de saint Goulven et l’histoire de la fontaine miraculeuse qui jaillit depuis le VIème siècle et surplombe la très jolie Crêperie de Saint-Goulven d’Yvonne…

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Fraîchement débarqués de Grande Bretagne il y a vraiment bien longtemps, un très jeune couple posa un beau jour ses maigres effets en baie de Goulven et contempla sans doute comme d’autres avant eux et d’autres encore aujourd’hui l’époustouflant paysage littoral bordé du liseré de dunes blondes ourlées d’oyats ondoyants. Tous deux, soulagés d’avoir survécu à la traversée de la Manche et heureux de poser enfin le pied en terre méridionale, auront sûrement aperçu au loin les chevaliers arlequin, bécasseaux sanderling et grands gravelots se mouvant sur l’estran au côté des sternes et des mouettes… Ils se mirent alors en quête d’un gîte sur cette terre promise mais ne trouvèrent que portes closes et fraîcheur d’un accueil très léonard. De guerre lasse, ils s’abritèrent alors sur les hauteurs de la baie, à l’abri de la végétation. Gologwen, la jeune femme au ventre lourd, fut alors prise des douleurs de l’enfantement : son compagnon Glaudan l’installa le moins inconfortablement possible et chercha, comme beaucoup d’hommes en ces délicates circonstances à se rendre utile mais en prenant quand même un peu le large. Il se mit donc en quête d’eau douce dans cette contrée d’eau salée tandis que sa compagne donnait le jour à leur enfant.

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Un des paysans peu amènes croisés la vieille indiqua à Glaudan la direction du Gouerven, le ruisseau le plus proche. On ne saura jamais si les indications du paysan léonard étaient évasives ou si Glaudan n’était pas doué d’un sens de l’orientation très fiable, toujours est-il qu’il s’égara bêtement et erra toute la journée. En désespoir de cause, alors que le couchant enflammait l’horizon et que le jeune père s’en retournait auprès de la jeune accouchée, il s’adressa au Ciel, suppliant Dieu à genoux de lui fournir de l’eau fraîche pour étancher la soif de la jeune mère et laver leur nouveau-né. A peine avait-il terminé de formuler sa supplique qu’une eau pure jaillit fort opportunément. Ce premier miracle fut suivi de bien d’autres car si un malheur n’arrive jamais seul, il en est de même du bonheur. Ainsi, Godian, riche et généreux seigneur dont le manoir se trouvait, dit-on, à sept minutes de la fontaine, sur un monticule, ouvrit ses portes, accueillit la petite famille et devint le parrain du bébé Goulven. Le jeune garçon grandit donc dans cet environnement bienveillant, non loin de la fontaine miraculeuse aux mille vertus, distillant lui-même des miracles en veux-tu en voilà, et développant tranquillement d’innombrables qualités dont une formidable éloquence. Toutes ces curiosités finirent –et on le comprend- par attirer de plus en plus de monde… Il n'y avait point tant d'attractactions en Léon au VIème siècle.

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Mais Goulven n’était pas une pop star conseillée par quelque manager de l’industrie de l’Entertainment –sinon, il aurait fait fortune, aurait été adulé, aurait compromis son âme… et l’histoire eût été très différente- . Bref, pour échapper à une gloire qui n’était pas dans l’air du temps, il décida de se retirer dans la solitude et la prière. C'est non loin, à Odéna, qu'il choisit le lieu de sa retraite. Il s'y construisit une très modeste bâtisse de pierre appelée « peniti », c’est-à-dire la maison de pénitence. De nombreux visiteurs, de toutes origines, s’y pressaient pour s'instruire, pour se recommander aux prières de saint Goulven ou encore pour être guéris de leurs infirmités. Goulven s’astreignait également à une procession quotidienne aux trois croix qu'il avait placées en triangle à quelques centaines de mètres de son ermitage et à une distance de sept minutes l'une de l'autre. Il stationnait longuement devant chacune d’elle, plongé dans ses prières. A la mort de saint Paul Aurélien, saint Goulven lui succéda à la tête de l'évêché de Léon, ce qui tend à prouver que les ors et les honneurs ne l’effrayaient plus : il n’en poursuivit pas moins ses coups d’éclats et ses miracles. Par exemple, agenouillé devant la croix -Croaz-Burzud, la croix du miracle-, il seconda, par la puissance de ses prières, les efforts du comte Even, pour repousser les pirates normands et danois qui s'étaient abattus sur la pays vers 875. Infiniment reconnaissant pour cet efficace coup de pouce et cette belle victoire sur les Vikings, le comte Even fit bâtir donc une église octroyant au saint autant de terre qu'il pourrait en parcourir en une journée. C'est ce territoire qui fut appelé Minihi ou Asile de saint Goulven.

Même les plus étonnantes histoires ont une fin malheureusement et Saint Goulven mourut à Rennes un 1er juillet vers l'an 600…

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Aujourd’hui encore, la fontaine miraculeuse aux mille vertus chantonne toujours l’histoire de Goulven, juste au-dessus de chez Yvonne. Le filet d’eau magique désaltère en aval son jardinet donnant une redoutable vigueur à l’ail triquètre qui fleurit en brassées décidées et en fragrances puissantes. Une aubaine miraculeuse pour réaliser un pesto à la pâte de citron confit, aux noisettes torréfies et au fromage de chèvre sec.

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Pour un petit pot de pesto d’ail triquètre au citron confit, aux noisettes et au chèvre sec :

Une belle poignée de feuilles d’ail triquètre miraculeux (triées, lavées et essorées)

125 gr d’une belle huile d’olive

2 cuillères à soupe de noisettes torréfiées du Gouezou

2 cuillères à soupe de fromage de chèvre très sec (La Ferme de Joséphine)

Poivre noir du moulin

Sel de Guérande

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C’est simple comme bonjour ! Placer les feuilles grossièrement coupées dans le bol d’un petit robot. Ajouter alors les noisettes, le fromage, le poivre, le sel et l’huile. Mixer par à-coups jusqu’à obtenir une pâte couleur émeraude très parfumées. Placer en pot et au frais le temps de faire cuire des pâtes fraîches, des pommes de terre nouvelles, des légumes vapeurs ou des légumes racines rôties au four.

Ce pesto garnit aussi des toasts, des pancakes ou des blinis pour un apéritif gourmand.

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