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Le Tro Breiz invite à vénérer sept saints en leurs évêchés respectifs : Paul Aurélien à Saint-Pol-de-Léon, Tugdual à Tréguier, Brieuc à Saint-Brieuc, Malo à Saint-Malo, Samson à Dol-de-Bretagne, Patern à Vannes, Corentin à Quimper.

On les appelle « les Sept Saints Fondateurs de la Bretagne » parce qu’ils furent, entre le Ve et le VIIe siècle, les premiers évangélisateurs de la terre armoricaine. Deux d’entre eux (Patern et Corentin) sont autochtones.

Les cinq autres sont venus du pays de Galles, en Grande Bretagne, avec la vague d’émigration celtique composée de chefs de clans, de familles et de moines qui déferla alors en Armorique. Abordant le continent par les îles où ils fondèrent ermitages et monastères – comme Malo sur l’île de Cézembre ou Paul Aurélien à Ouessant –, ils furent hissés, souvent contre leur gré, à la charge épiscopale. Ce qui ne les empêcha pas de continuer à exercer leurs dons mirifiques : Paul Aurélien neutralise un dragon avec son étole, Brieuc apprivoise des loups et Corentin se nourrit d’un unique poisson qui se reconstitue chaque jour. Il faut cependant préciser une chose : le langage utilisé dans ces vies de saints est très imagé. Nous sommes à mi-chemin entre la légende et la réalité.

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« La figure de nos vieux saints d’Armorique ressemble un peu à ces navires qu’on voit s’éloigner du rivage. Pendant quelque temps, l’œil les suit distinctement, mais le ciel et la mer se confondent à l’horizon et bientôt le navire semble disparaître à la fois dans le ciel et la mer confondus » (Jean Fonssagrives). Ce langage imagé était celui des populations du Moyen Âge : un langage universel, fait de symboles, qui avait pour but de transmettre un message compréhensible par tous.

Sous l’influence de ces émigrants, cette région, rebaptisée « Bretagne », adopta les coutumes du christianisme celtique, dont la spiritualité a profondément marqué les croyances de ses habitants.

Venu du pays de Galles au début du VIe siècle, saint Paul (ou Pol) Aurélien débarqua sur l’île d’Ouessant, accompagné de douze prêtres et de douze parents. De là, il fonda plusieurs monastères et laissa des traces de son passage dans la toponymie (Lampaul-Plouarzel, Lampaul-Ploudalmézeau, etc.). Puis il arriva dans le « kastell » de Léon, qui allait devenir « Kastell-Paol », puis « Saint-Pol-de-Léon ». Il y fonda un monastère, et reçut l’épiscopat sur l’injonction de Childebert. Son miracle le plus célèbre eut lieu sur l’île de Batz, qui lui avait été offerte par le comte Withur : il débarrassa cette île d’un dragon qui terrassait la région, en lui passant son étole autour du cou. C’est l’un des saint sauroctones vénérés en Bretagne Selon certaines sources, il serait mort sur cette île le 12 mars 572.

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Tugdual est, lui aussi, originaire du pays de Galles, et il a traversé la Manche pour arriver au Conquet en compagnie de sa mère, de sa sœur et de 72 religieux. Il prêcha la Bonne Parole à travers la région avant de fonder le monastère de Landreguer, auprès duquel se développa plus tard la ville de Tréguier. Il accomplit tant de miracles que le chauvinisme local fit de lui un pape : c’est pourquoi on l’appelle aussi saint Pabu (nom que l’on retrouve dans de nombreux toponymes). On dira même après sa mort que s’il n’est pas Dieu le Père, c’est qu’il ne l’a pas voulu…

Brieuc est né au pays de Galles au début du Ve siècle. Elève de saint Germain d’Auxerre, il le suivit sur le continent. Il retourna ensuite dans son pays pour recevoir le sacerdoce, avant de débarquer définitivement en « Petite Bretagne » avec ses moines. Alors âgé de 70 ans, il fut accueilli par un dénommé Riwal, chef breton local et membre de sa famille. Grâce à lui, le saint établit un monastère (à l’emplacement où se déploiera la ville de Saint-Brieuc) et devint moine-évêque. Il serait mort dans les premières années du VIe siècle.

La légende dorée attribue à saint Malo une vie mouvementée. Egalement originaire du pays de Galles, il aurait navigué plusieurs années avant d’arriver à l’embouchure de la Rance, sur un promontoire appelé cité d’Aleth. Le saint y accomplit tant de miracles que les habitants de la région se convertirent au christianisme et le choisirent pour évêque. Mais en proie à la jalousie de certains, il dut reprendre la mer et s’exiler en Charentes où il mourut, dit-on, à l’âge de 133 ans.

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Samson serait né dans la région du Glamorgan actuel, au pays de Galles. Il fut élevé au monastère de Llaniltud Fawr (actuel Llantwit Major, près de Cardiff), sous la protection de saint Ildut. Très vite, il accomplit des miracles, commandant par exemple aux oiseaux qui détruisaient les récoltes. Après un séjour en Irlande où il fut consacré évêque, il débarqua en « Petite Bretagne » où il guérit une possédée du démon et une lépreuse. Le mari de cette dernière offrit à Samson un terrain où il fonda le monastère de Dol.

Une des deux exceptions parmi les Sept Saints : saint Patern est originaire d’Armorique, et non du pays de Galles. Il fonda l’évêché de Vannes au Ve siècle mais, jalousé par les autorités de la ville, il quitta la région pour se réfugier dans un monastère. Après sa mort, de nombreux miracles eurent lieu sur sa sépulture. Pris de remords, les Vannetais ramènent chez eux la dépouille de leur évêque et construisent sur son tombeau l’église Saint-Patern. Récemment, des fouilles ont eu lieu pour essayer de retrouver cette sépulture.

Comme saint Patern, saint Corentin est lui aussi un saint autochtone. Il vécut en ermite dans la forêt de Névet (près de l’actuel Plomodiern), se nourrissant d’un poisson miraculeux qui se reconstituait tous les jours et repartait dans sa fontaine. Un jour, le roi Gradlon décida de nommer Corentin comme premier évêque de Quimper et lui offrit son palais qui devint cathédrale. Créée en juillet 2008, la Vallée des Saints est un projet collectif Breton porté par l’association la Vallée des Saints. Reconnue d’intérêt général à caractère culturel, son objet est « La sauvegarde, la découverte et la promotion de la culture populaire bretonne liée aux Saints Bretons sous forme de création artistique ». 

En ce jour de Toussaint, leur rendre une petite visite dans la Vallée des Saints à Carnoët (Côtes d’Armor), un site exceptionnel et unique en Bretagne se composant d’une motte féodale, d’une chapelle classée monument historique, d’un site archéologique et surtout d’une vue à couper le souffle avec un 360° sur tout le Poher. S’installer au beau milieu de ces géants de granite dans cette île de Pâques un peu folle sous le soleil doré de novembre et partager un quatre-quarts marbré au blé noir torréfié et au chocolat…

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Pour un moule à cake et sept Saints lichous :

250 gr de farine de blé noir complète bio

5 gros œufs du poulailler

Une très généreuse pincée de graines de vanille Bourbon

60 gr de sucre de canne complet bio

250 gr de beurre bio, cru et demi-sel de la ferme Hellez Vraz

190 gr de sucre (150 + 40)

10 gr de levure chimique

Et pour le marbrage : 1 blanc d’œuf et 10 gr de cacao bio en poudre

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Commencer par torréfier la farine de blé noir étalée sur une plaque à pâtisserie à four doux (170°) pendant une vingtaine de minutes. Remuer de temps à autre la farine. Sortir la plaque du four et laisser refroidir.

Mélanger dans une jatte les jaunes d’œufs (réserver les blancs) avec le sucre de canne complet et la vanille jusqu’à obtenir un mélange mousseux.

Mélanger dans une autre jatte le beurre pommade avec 150 gr de sucre.

Monter dans le bol du robot-pâtissier les blancs en neige en y incorporant très progressivement les 40 gr de sucre restant puis verser le mélange jaunes, sucre et vanille. A la maryse, ajouter alors le beurre sucré et la farine de blé noir torréfiée ainsi que la levure.

Diviser cette pâte en deux. Incorporer dans l’une des pâtes le mélange blanc d’œuf et cacao. Bien mélanger.

Verser dans le moule à cake les pâtes en alternant irrégulièrement. Enfourner, toujours à 170°, pour une cinquantaine de minutes.

Démouler sur une grille et tenter de résister aux parfums puissants de cette gourmandise pâtissière jusqu’à refroidissement de ce quatre-quarts très breton…