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Les monts d’Arrée sont -en toute modestie bien entendu- une terre de superlatifs. Au pied du toit de ce monde –c’est-à-dire le Mont Saint-Michel-de-Brasparts et son point culminant de la Bretagne, clocher inclus-, se trouve le plus grand lac de Bretagne, le lac Saint-Michel.

LAC SAINT-MICHEL GELE 01 17NOCE DE PIERRE

C’est un espace d’Histoire…

Pourtant très étendu, le lac Saint-Michel n'a recouvert aucun village, aucune habitation. Ici, le paysage était identique à celui alentour, composé de landes et de tourbières. Elles ont eu leur utilité pendant la guerre de 14-18. La poudrerie de Pont-de-Buis marchait alors à plein régime. On venait ici chercher la tourbe, un des composants de la poudre.

Les habitants les plus pauvres venaient s’y fournir en combustible de fortune. Ma voisine Marité, née en 1940, s’en souvient : « C’est toujours dans l’Arrée, très précisément dans le Yeun Elez, au pied du Mont Saint-Michel-de-Brasparts que notre père allait extraire la tourbe. Il le faisait à l’aide d’une bêche, formant de gros cubes de ce matériau qui, une fois séché, brûlerait dans l’âtre les soirs d’hiver. C’était là un bien piètre moyen de chauffage autour duquel nous nous rassemblions après dîner et qui se contentait de nous rougir le devant des jambes sans réchauffer l’arrière. Assis sur des tabourets ou des « piltos » (des rondins faisant office de tabourets), les mouvements de nos pieds chaussés de sabots finissaient par creuser des trous dans la terre battue. Et lors des nuits de tempête, l’eau tombant de la cheminée transformait ces creux en petites mares dont nous devions écoper le contenu avec une vieille louche avant d’entamer, le matin, alors qu’il faisait encore nuit, notre longue marche d’environ une heure vers l’école. »

16427755_1889292847956507_6957592889912715048_nBRENNILIS GLACE

C’est un espace d’histoires…

La présence de mégalithes, de sols mouvants et l’existence de feux de tourbe spontanés alimentent mille légendes du prolifique imaginaire breton. L’Ankou y promène sa charrette grinçante, les dragons terrassés y gémissent dans le secrets de crevasses englouties, les âmes de trépassés y errent dans la brume, les korrigans et les poulpiks y dansent à la nuit tombée… Dès la fin du XIXème siècle, Anatole Le Braz avait collecté de nombreux récits légendaires: « Youdic (petite bouillie) est une de ces appellations qui rendent à merveille la chose qu’elles désignent. A mesure que nous approchons de ce point du marais, le terrain se fait de moins en moins solide sous nos pieds. Les couches du détritus végétal sont, dans cette partie, encore tout imprégnées d’eau ; nous y enfonçons parfois jusqu’à mi-jambes. Après bien des tours et des détours, nous arrivons au cœur du Yeun. ; là s’étale une flaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre, le trou béant où l’on précipite les « conjurés ». Dès qu’on les y a lancés, il faut se coucher à plat ventre sur le sol et se boucher fortement les oreilles. Car un tremblement formidable secoue aussitôt les entrailles du Marais et d’horribles clameurs déchirent les airs. On attend, avant de se remettre en route, que le « sabbat » ait pris fin. Puis on se sauve au plus vite, en se donnant bien garde de tourner la tête pour regarder derrière soi. Malheur à qui enfreindrait cette règle. Des bras invisibles s’attacheraient à lui et l’attireraient dans les profondeurs invisibles. De même, si en traversant le Yeun, vous voyez « bouillir » l’eau du Youdic, hâtez-vous de fuir, sans chercher ce que cela peut être. Les imprudents qui se sont laissés aller à un mouvement de curiosité en ont été cruellement punis ; on n’a plus entendu parler d’eux. Il n’est pas rare que le silence de la nuit soit troublé par des abois furieux, comme des chiens qui s’entre-déchirent. C’est la meute des conjurés qui « fait des siennes ». Mais alors, au-dessus de la chapelle Saint-Michel qui couronne le mont, une lumière subite resplendit, et l’on voit apparaître dans cette auréole la forme gigantesque de l’Archange exterminateur. Il abaisse son glaive vers le Yeun, et tout rentre dans l’ordre. « La profondeur du Youdig atteignait deux mètres et demi et plus d'un animal égaré ou même d'un berger y a disparu enlisé » affirme Louis Gallouédec. « Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du » (« Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ») » (Anatole Le Braz, Les saints bretons – 1893). Aujourd’hui, plus que jamais poètes et photographes tentent de capturer ces atmosphères au creux des mots et des objectif.

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C’est aujourd’hui un espace de paix…

Long de 470 mètres, le barrage de Brennilis est composé de treize voûtes, mais s'achève, chose originale, par une digue nommée mur-poids sur la rive gauche. Le plan d'eau ainsi créé est immense, long d'environ trois kilomètres, il s'étend sur 450 hectares. Le plus grand de Bretagne on vous dit !

Situé dans le cadre splendide et sauvage des Monts d'Arrée, cette étendue d'eau est devenue un site touristique incontournable. Un chemin de randonnée de 17 km en fait le tour, et même si la centrale nucléaire des Monts d'Arrée -incongruité gaullienne, stoppée en 1979, en cours de démantèlement depuis... 1985,- assombrit un peu le paysage, la promenade dans les landes et les bois vaut le détour alors que les pêcheurs taquinent truites et brochets du lac, classé par ailleurs en Grand Lac Intérieur.

On randonne et on pique-nique bien volontiers sur ses berges sauvages de ratatouille en gelée de pioka avant de piquer une tête dans une eau pure et préservée…

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Pour une dizaine de randonneurs

2 courgettes (une jaune et une verte)

2 oignons rosés de Roscoff

2 aubergines

2 poivrons (un rouge et un jaune)

4 belles tomates bien mûres

2 gousses d’ail rose de Lautrec

Un petit bouquet de persil et de basilic

Huile d’olive

Piment d’Espelette

Sel de Guérande

Pioka (ou 10 gr d’agar-agar par litre de ratatouille)

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Laver les aubergines, les poivrons, les courgettes et les tomates.

Détailler tous les légumes en petits cubes –y compris les oignons-.

Faire revenir l’aubergine dans un joli filet d’huile d’olive. Dans une cocotte à fond épais, faire revenir les dés d’oignons dans de l’huile pendant quelques minutes. Ajouter alors les dés de poivrons, puis après quelques minutes les tomates. Laisser cuire à feu moyen. Adjoindre alors à cette base les courgettes et l’ail. Puis après quelques minutes, ajouter les aubergines, saler et poivrer puis finir par les herbes très finement émincées. Réserver.

Mesurer une dose d’un litre de ratatouille. Prélever le jus rendu et le verser dans une petite casserole. Ajouter alors la pioka, laisser cuire quelques minutes et filtrer. Pour l’agar-agar, ajouter la poudre dans le jus, bien mélanger et laisser cuire doucement deux minutes.

Ajouter alors le jus dans la ratatouille, bien mélanger et placer alors dans des petits moules en silicone (type moules à muffins) ou dans des verrines. Laisser refroidir puis réfrigérer quelques heures (idéalement une nuit).

Ces petits flans peuvent être démoulés sur une assiette, accompagnés ou non d’une quenelle de fromage de chèvre frais et de salade. Ils voyagent également très bien pour un pique-nique et garnissent intelligemment un sandwich (l'avantage, c’est qu’ils ne coulent pas).