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Kement-man oa d’ann amzer

Ma ho devoa dennt ar ier.

Ceci se passait du temps

Où les poules avaient des dents…

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Un bien sage, vieux et fécond jardinier servait un puissant roi de l’Arrée qui aimait beaucoup à s’entretenir avec lui des choses du monde et de la vie.

Le roi lui dit un jour :

- Tu sembles bien sombre, mon fidèle jardinier. Pourtant, je viens d’apprendre que ta femme attend à nouveau un enfant !

- Oui, sire, et je serai bientôt père pour la septième fois, car, comme vous le savez, j’ai déjà six fils qui font mon plus grand bonheur. Mais il me faut trouver un parrain pour cet enfant à naître. Et cela me tourmente…

- Retrouve ta quiétude : quand ton enfant naîtra, je lui trouverai un parrain.

Quelques temps après, le jardinier vint trouver le roi et lui annonça la naissance de son septième fils.

- Eh bien, répondit le roi, c’est moi qui serai son parrain!

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Le baptême fut célébré solennellement, suivi d’un festin plantureux à la table du roi. Le vieux jardinier, qui avait abusé autant du nectar que de l’ambroisie qui étaient servis à profusion, était un peu gris. Oubliant prudence et convenances, il leva son verre et proclama d’une voix de rogomme :

- A votre santé, sire, et Dieu fasse la grâce à mon fils nouveau-né d’être un jour uni à la princesse votre fille.

Car du lit du roi était née le matin même la plus exquise des petites princesses qu’on pût imaginer, boucles blondes et iris céladon.

L’ire du monarque suivit instantanément cette malheureuse saillie et le roi courroucé congédia incontinent le jardinier pompette et sa famille honteuse.

Le temps passa mais ne fit pas son œuvre car le monarque n’oublia pas les paroles imprudentes du jardinier. Il fomenta de sombres desseins afin de contrecarrer définitivement la réalisation du vœu de l’imprudent jardinier ; il fit nuitamment enlever l’enfant, le plaça dans un berceau taillé dans le granite de l’Arrée et le confia aux hasards funestes des flots salés en baie de Morlaix.

AJONC

Alors que le jardinier, son épouse et leurs six enfants, anéantis, pleuraient bruyamment la disparition du benjamin, le roi retrouva sa quiétude et sa bonne humeur, attendant par ailleurs avec une aimable impatience la livraison de quelques caisses de Château Haut-Brion et de Château Latour qu’il avait commandées pour favoriser le retour de sa bonne humeur et la restauration de sa joie de vivre.

A bord de sa nef cinglant fièrement vers le port de Morlaix, le négociant aperçut voguant sur la mer hachée le berceau de pierre. Il recueillit l’enfant qu’il trouva fort joli, résolut de l’amener à sa femme afin de l’adopter. Dans sa joie et son empressement à le montrer à son aimée en mal d’enfant, il fit virer de bord son bâtiment et retourna immédiatement à Bordeaux. Le roi attendit donc vainement son divin chargement… Bien fait.

L’épouse du marchand accueillit avec tendresse cet enfant sauvé des eaux, l’adopta donc à son tour, l’éleva avec amour et l’instruisit avec sagesse.

Or il advint qu’un jour le roi de l’Arrée partit en visite dans les vignobles du Bordelais à la rencontre du marchand pour renouveler ses commandes de nectar. Lorsqu’il vit le fils du marchand, il admira sa prestance, son savoir et sa bonne mine. Le marchand lui raconta l’histoire étrange de l’adoption de cet enfant qui les comblait, lui comme son épouse. Le roi comprit alors que le sort s’était joué de son plan machiavélique… Il passa donc au plan B –qu’il échafauda en un clin d’œil- et proposa au négociant de prendre le jeune homme à son service. A regret mais avec fierté, le naïf marchand accepta.

Perfide, le roi envoya illico le jeune homme, muni d’une lettre cachetée, auprès de la reine son épouse en Arrée. Dans cette lettre, il ordonnait à la reine de faire passer promptement par le fil de l’épée le messager.

TOURBIERES YEUN ELEZ

L’innocent jeune homme chevaucha jours et nuits avec la lettre, ignorant qu’elle scellait son destin. Ereinté, il logea un soir dans une auberge sordide où il soupa avec trois inconnus, qui se présentèrent comme des maltôtiers et qui l’invitèrent à une partie de cartes au cours de laquelle le malheureux ingénu perdit toute sa maigre fortune. La compagnie se coucha et le perdant, laminé par la route et ses compagnons de jeu, sombra dans un profond sommeil.

-Le pauvre garçon ! dit l’un des poulpiks -car en fait de maltôtiers, il s’agissait d’êtres magiques facétieux-, il a perdu tout son argent ; comment pourra-t-il payer son écot et retourner jusque chez lui ? J’ai pitié de lui ; si nous lui rendions son argent ?

- Oui, répondirent les deux autres ; rendons-lui son argent, car ils étaient dans un bon jour.

Et un des trois alla dans sa chambre pour lui remettre son argent. Sur sa table de nuit, le maltôtier aperçut la lettre cachetée qui ne lui sembla, foi de poulpik, pas très catholique. Peu respectueux du secret de la correspondance ni de grand-chose d’ailleurs-, il rompit le cachet, lut la lettre et fut bien étonné de ce qu’elle contenait.

- Le pauvre garçon ! pensa-t-il, il porte lui-même l’ordre de le faire mettre à mort, et il ne le sait pas!

Il montra la lettre à ses deux camarades, et ils lui substituèrent une autre lettre pleine de magie, qui recommandait à la reine d’accueillir avec tous les égards le bel inconnu.

Le lendemain matin, lorsque le jeune homme se réveilla, frais comme un gardon mais chiffonné par sa mauvaise fortune de la veille, les maltôtiers étaient déjà partis. Il retrouva avec stupeur son argent dans ses poches. Le cœur gonflé de reconnaissance pour ses compagnons de jeu, il récupéra sa lettre, paya son hôte et se remit en route. Arrivé au château, il remit sa lettre à la reine. En compagnie de sa fille, la délicieuse princesse aux boucles blondes et aux iris céladon, la souveraine l’accueillit avec chaleur, partagea avec lui sa table et son temps.

TOURBIERES YEUN ELEZ 2

Au retour du roi –qui avait pris son temps à tester toutes les bouteilles d’Aquitaine-, l’étonnement du roi fut à la mesure de son courroux. Il comprit qu’il avait été berné et subodora qu’il n’était pas au bout de ses peines quand sa belle, douce et tendre fille vint, languissante, lui confier le trouble et l’émoi que lui provoquait l’hôte encombrant.

- Pas un mot de plus, malheureuse et imbécile enfant ! éructa-t-il, au bord de l’apoplexie.

Mais la princesse cessa de boire et de manger, sa santé chancela, elle se fana lentement, consumée d’un amour partagé.

Le père déchiré entre sa haine pour son hôte et son amour pour sa fille sembla céder, tentant un ultime coup fourré :

- Je veux bien que vous convoliez mais à la condition que ton amoureux transi m’apporte trois poils de la barbe d’or du Diable.

- Et où irai-je chercher le Diable ? demanda l’épris gonflé d’espoir.

- En Enfer, parbleu ! Lui répondit la princesse, qui était un peu pikez à ses heures. Au pied de la montagne Saint-Michel, tu en trouveras la porte dans le Yeun Elez.

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Il se mit tout de même en route, à la grâce de Dieu et rencontra une vieille femme qui venait de puiser de l’eau à la fontaine, dans une barrique défoncée qu’elle portait sur la tête.

- Où allez-vous ainsi, l’homme ? Lui demanda la vieille ; ici, il ne vient pas de gens en vie. Je suis la mère du Diable.

- Eh bien, ça tombe bien ! Car c’est votre fils que je cherche ; conduisez-moi jusqu’à lui, je vous prie. Je porterai votre fardeau.

- Mais, mon pauvre enfant, il te tuera ou t’avalera vivant, quand il te verra.

- Peut-être. Faites que je lui parle, et nous verrons après.

- Tu n’es pas peureux, à ce qu’il paraît ; mais, dis-moi ce que tu as à faire avec mon fils.

- Le roi de l’Arrée m’a promis de me donner la main de sa fille, si je lui apporte trois poils de la barbe d’or du Diable, et je pense, Ma Dame, que vous ne voudrez pas me faire manquer un si beau mariage pour trois poils de barbe !

- Eh bien, suis-moi, et nous verrons ; ta mine me plaît.

Et le jeune homme suivit la vieille, qui le conduisit à un vieux château délabré et tout noir au milieu du marais. Aussitôt arrivée, elle se mit à faire des crêpes pour son fils, sur un bilig plus large qu’une meule de moulin. Bientôt, on entendit un vacarme effroyable.

- Voilà mon fils qui arrive, dit la vieille, cache-toi vite sous mon lit.

- J’ai grand’faim, mère, grand’faim !

- Eh bien, mange, mon fils ; voilà de bonnes crêpes.

Et il se mit à manger des crêpes, qui disparaissaient comme dans un gouffre.

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Quand il en eut ainsi englouti quelques douzaines, il s’interrompit un instant, et dit :

- Je sens ici odeur de chrétien, et il faut que j’en mange.

- Tu déraisonnes, mon fils, dit la vieille ; mange des crêpes et ne songe pas aux chrétiens ; tu sais bien qu’il n’en vient jamais ici.

Et il engloutit encore quelques douzaines de crêpes, puis il huma l’air et répéta :

- Je sens odeur de chrétien ici, et il faut que j’en mange.

- Laisse-moi donc tranquille avec les chrétiens, lui dit la vieille, et mange des crêpes ou va te coucher, si ton ventre est plein.

- Oui, bonne petite mère, dit-il, radouci, je suis fatigué et je vais me coucher.

Il se mit au lit, et, un instant après, il ronflait. La vieille s’approcha de lui et lui arracha un poil de sa barbe d’or. Il se gratta le menton, mais ne s’éveilla pas. Un moment après, la vieille lui arracha un second poil, puis un troisième. Il s’éveilla enfin –de mauvais poil si je peux me permettre- et sauta hors du lit en disant :

- Je ne puis pas dormir dans ce lit, mère, il y a trop de puces ; je vais coucher à l’écurie.

La vieille femme appela le fiancé et chuchota :

- Voici trois poils de la barbe d’or du Diable. Emporte-les vite, et vas épouser la fille du roi de l’Arrée.

Quand il arriva au palais du roi de l’Arrée, la princesse lui demanda, pleine d’espoir et son petit cœur tout tendre battant la chamade :

- Et les trois poils d’or de la barbe du Diable ?

- Les voici, répondit-il en les montrant, pas peu fier de son exploit, le regard empli d’amour et d’espoir.

Quand le vieux roi vit les trois poils, il fut pris d’un tel accès de fureur, qu’il se planta lui-même son poignard dans le cœur (la légende appela ce geste désespéré Arrée-kiri) et mourut aussitôt.

- Va-t’en au Diable ! dit le jeune homme qui ne manquait pas d’humour et prenait une virile assurance.

Rien ne s’opposait plus au mariage des deux tourtereaux.

Le promis écrivit au marchand de Bordeaux de se rendre promptement en Arrée. Il vint, révéla tout, et l’on sut alors que Charles était le fils du vieux jardinier du palais et le filleul du roi. On constata aussi l’accomplissement du souhait du vieux jardinier, lorsqu’il avait dit, en portant la santé du roi, au dîner du baptême : A votre santé, sire, et Dieu veuille que votre fille et mon fils soient unis, un jour.

Le mariage fut célébré, et il y eut de belles noces, avec des festins, des danses et des jeux de toutes sortes, pendant quinze jours. On servit aux jeunes épousés leur plat préféré, une omelette soyeuse, légère comme un souffle, aux rosés des prés, aux oignons rosés de Roscoff, aux herbes fraîches et au pesto d'ail des ours (pour éloigner durablement diables et vampires).

J’étais là cuisinière ; j’eus un morceau avec une goutte, un coup de cuillère à pot sur la bouche, et, depuis, je n’y suis pas retournée. Mais, avec cinq écus et un cheval bleu, j’y serais encore allée ; avec cinq écus et un cheval brun, j’y serais allée demain en huit

Me oa eno kegineres,

Em boa eun tamm hag eur bannec’h,

Eun tol klogle war ma geno,

Hag a-boë n’oun ket bet eno.

Met gant pemp scoed hag eur marc’h glaz

‘Vizenn êt da welet, ware’hoaz ;

Pe gant pemp scoëd hag eur marc’h brun,

‘Vizenn êt warc’hoaz ar pen-zunn.

 

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Pour un fils de jardinier opiniâtre et une princesse un peu chipie :

2 oignons rosés de Roscoff

Herbes du jardin : ail des ours, persil plat, ciboulette, cerfeuil, estragon, thym, origan, sarriette …

100 gr (ou plus !) de champignons des bois (cèpes, giroles, rosés des prés …)

50 gr de beurre bio et cru de la Ferme Hellez Vraz

Un petit fromage de chèvre très sec de la Ferme de Joséphine (Sizun)

4 beaux œufs du poulailler

50 gr de crème de lait de Bretonne pie noir, bio et cru

Sel de Guérande

Poivre noir de Madagascar

Un petit pot de pesto d’ail des ours maison

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Éplucher et couper les oignons roses en rondelles assez fines. Ciseler les herbes fraîches et réserver dans un bol. Couper le pied des champignons et les essuyer. Dans une poêle, faire revenir les oignons et les champignons dans le beurre mousseux. Réserver.

Casser les œufs et séparer les blancs des jaunes. Ajouter une pincée de sel dans les blancs et les monter en neige. Verser la crème dans les jaunes. Saler, poivrer et mélanger. Incorporer un peu de blancs en neige aux jaunes, et mélanger délicatement avec une maryse.

Verser dans le reste des blancs et mélanger.

Disposer la préparation dans un plat beurré allant au four. Préchauffer le four à 180°C.

Disposer les champignons et les oignons sur l'omelette et enfourner pendant 15 min.

Au moment de servir, parsemer de fins copeaux de chèvre sec et d’herbes ciselées. Une lichette de pesto d’ail des ours aux pistaches ne déparera pas…