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Et si je vous disais que le Barbe Bleue de votre enfance, le monstre sanguinaire, l’époux barbare, celui dont Charles Perrault a capturé l’histoire pour l’épingler dans Les Contes de Ma Mère L’Oye, était breton ?

BABRE BLEUE

A la croisée des mythes et des contes, le conte breton de Barbe-Bleue emprunte dès le VIème siècle à Cronos et à Œdipe -et même un petit peu à Ganesh- dans la version de cette histoire tragique mais bien sûr édifiante et finalement christianisée. On en doit notamment une version à Emile Souvestre -romancier morlaisien du XIXème siècle émigré en terre parisienne- dans Le Foyer Breton.

La légende de sainte Tryphine apparaît en 1531 dans les Grandes Chroniques d'Alain Bouchard: on y découvre le seigneur Conomor (ou Comorre), mari irascible ayant déjà fait périr plusieurs de ses malheureuses épouses. Le comte de Vannes, Guéroch, lui ayant dans un premier temps refusé, par précaution sans doute, la main de sa fille Tryphine, il finit pourtant par la lui accorder "moyennant la promesse qu'à sa requête saint Gildas lui fit de la lui restituer saine et franche, quand il la lui requerrait". Quelques temps avec ce funeste hyménée, La nouvelle reine s'étant rendue dans la chapelle où sont les tombeaux des femmes de Conomor, leurs fantômes lui apparurent et l'avisèrent que ce prince avait pris la fâcheuse habitude de tuer ses épouses dès qu'elles étaient enceintes, un oracle lui ayant annoncé que son premier né le ferait passer de vie à trépas. Comme elle était dans cet état, la malheureuse s'émut légitimement, et les fantômes lui donnèrent divers objets pour l'aider dans sa fuite. Conomor la poursuivit jusqu'à un petit bocage où il la découvrit et lui coupa la tête, sans autre forme de procès. Le comte Guéroch, "grandement douloureux", alla trouver saint Gildas et le supplia de tenir sa promesse. Gildas se rendit auprès du cadavre, lui recolla la tête –en ce temps-là, la médecine était infiniment plus efficace qu’aujourd’hui-, et à force de larmes et de prières obtient de Dieu qu'il ressuscitât Tryphine. La reine resta chez son père jusqu'à la naissance de son fils Trémeur puis s'installa dans un couvent, sur le conseil de saint Gildas qu'elle s'apprêtait à suivre. Son enfant fut placé au monastère de Rhuys pour son instruction. Son père, qui avait de la suite dans les idées, le retrouva quelques années plus tard et lui trancha la tête. Pas d’inquiétude toutefois pour le malheureux Trémeur: une autre version lui réserve un sort un peu plus enviable. On raconte au Guilvinec que Comorre vécut dans le manoir de Kergoz avec son fils Trémeur et son épouse Triphine. Une sorte de malédiction voulait que cette dernière pâtirait de la sorte tant que son époux n'aurait pas trouvé son maître. Trémeur décida donc de battre son père à la " soule ", un jeu de ballon. Il y parvient si bien au cours d'une partie que le terrible seigneur s'effondra de fatigue. Néanmoins, après avoir repris suffisamment de forces, il rattrapa Trémeur et, de rage, lui trancha la tête. Sans se laisser démonter, ce dernier ramassa sa tête et la glissa sous son bras. C'est alors que Comorre rendit son âme au diable. On dit que Trémeur continua à jouer à la soule et que, ces jours-là, il laissait sa tête au manoir pour être plus libre de ses mouvements.

Perdre la tête mais pas l’appétit avec une belle assiette de pâtes fraîches de blé noir, des crevettes au piment et au citron et un joli chutney de coriandre fraîche.

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Pour 4 épouses de Barbe Bleue ressuscitées :

400 gr de blé noir bio de Biodivy

4 œufs du poulailler

600 gr de grosses crevettes crues

Un joli piment frais en saison (sinon sec ou encore sorti du congélateur)

Une cuillère à café de curcuma

Une gousse d’ail

Huile d’olive

Sel de Guérande

Un citron vert

Une poignée de pistaches mondées

Et un petit pot de chutney de coriandre : http://gouezou.canalblog.com/archives/2015/12/01/33013799.html

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La veille, décortiquer les queues de crevettes (on peut réaliser un court-bouillon avec les têtes et les carapaces pour une utilisation ultérieure)  et les placer dans un sachet avec la gousse d’ail pilée, le curcuma, le piment finement émincé, deux à trois cuillères à soupe d’huile d’olive. Bien fermer le sachet et mélanger pour répartir les épices sur les crevettes. Placer au frais jusqu’au lendemain.

Le jour J, commencer par les tagliatelles fraîches: placer dans le bol du robot pâtissier la farine de blé. Au crochet, mélanger en ajoutant les œufs au fur et à mesure jusqu’à obtenir une boule de pâte non collante. Au besoin rajouter, soit un peu d’eau (une cuillère à soupe) soit un peu de farine (une cuillère à soupe). Filmer la boule de pâte et la laisser reposer au frais une bonne heure.

Au bout de ce temps, diviser la pâte en petits pâtons et les passer au laminoir (ou au rouleau) pour obtenir des feuilles de pâtes. Utiliser alors un peu de farine si nécessaire. Les découper alors en lanières (au couteau ou au laminoir) et laisser sécher les tagliatelles sur un torchon ou un petit étendoir à pâtes jusqu’au moment de les cuire.

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Faire torréfier les pistaches au four pendant une grosse dizaine de minutes. Dans un wok bien chaud, faire sauter le contenu du sachet de crevettes pendant quelques minutes (inutile d’ajouter de l’huile, il y en a déjà). Les crevettes sont cuites lorsqu’elles se recroquevillent et rosissent. Prélever à la râpe le zeste du citron et terminer la cuisson des crevettes par le jus de citron vert. Réservert.

Pendant la cuisson des crevettes, cuire les pâtes fraîches 3 minutes dans une grande quantité d’eau salée. Dresser les pâtes égouttées dans un plat de service chaud et verser immédiatement les crevettes et le jus de cuisson parfumé. Mélanger rapidement, sans trop insister. Ajouter alors les pistaches croquantes et servir sans attendre en compagnie du petit pot de chuntey de coriandre fraîche !